•     Installés juste à l'entrée de la Galerie des Glaces, Bear and the Policeman, l'ours et le policier, dynamitent l'esprit de sérieux des lieux. C'est comique de voir un couple si ridicule  dans le salon de la Guerre à Versailles. Le policier, représentant de la civilisation et de l'ordre, est sous l'emprise de l'Ours, représentant de la force sauvage alors que Versailles est la glorification du pouvoir de l'homme, du Roi, sur la nature.
     
     


    Bear and Policeman, l'Ours et le policier
    Bois polychrome, Jeff Koons 1988
     
     
     

        Ressemblant à un bibelot kitsch démesurément agrandi ou à un dessin de livre pour enfant, la sculpture de Jeff Koons détonne dans le salon tout à la gloire de Louis XIV.
    Au milieu des dorures et du marbre, l'ours et le policier, dans leur simplicité plastique, révèlent la démesure et la boursouflure du décor versaillais. Les tableaux, les sculptures, les tapisseries, les plafonds peints célèbrent le souverain en Apollon, en héros romain ou en homme de son siècle.  Toute cette luxueuse ornementation a un rôle politique. Le programme iconographique de Versailles, basé sur la mythologie, devait éblouir les courtisans du royaume et les nobles visiteurs étrangers.
     
     


    Portrait de Louis XIV à Versailles
     
     

        Dans les appartements royaux, tout est pompeux, révérencieux, théâtral. Comme pour les dirigeants communistes, le culte de la personnalité est une manière d'affermir le pouvoir, de dominer le peuple ... ou les nobles. Au contraire Bear and the Policeman sont complètement irrévérencieux et leur présence loufoque fait ressortir l'incroyable idolâtrie que Louis XIV a conçu pour domestiquer une noblesse turbulente.
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    L'Ours et le Policier à l'entrée de la Galerie des Glaces
    Bois polychrome, Jeff Koons 1988


        Il ne reste plus de souverain à aduler ni de grands hommes. Le programme iconographique de Jeff Koons est fait de dérision. Avec ironie, il glorifie  des objets tout à fait banals, triviaux, manufacturés par millions: des lapins gonflables, des bouées, des chiens ballons. Ces objets prosaïques de la société américaine valent quelques dollars. Jeff Koons réussit le tour de magie d'en faire des oeuvres d'art valant des millions de dollars.
     

    L'Ours et le Policier dans le salon de la guerre
    Bois polychrome, Jeff Koons 1988
     


       L'ours et le policier sont reproduits grandeur nature; Jeff Koons s'est inspiré d'une image populaire, faite pour amuser, comme ces bibelots de grenouille lisant un journal ou de bouledogue jouant du violon. C'est d'abord une plaisanterie bon enfant.
     



     

        En y regardant de plus près, la sculpture n'est pas si innocente. Il y a quelque chose de trouble dans l'attitude protectrice de l'ours et le regard fasciné du policier. Sous un doux sourire, l'ours est un prédateur et le policier au visage d'enfant est la proie, inconsciente du danger qui la guette. L'ours tient le sifflet, il y a toujours des allusions sexuelles évidente chez Koons, et s'apprête à siffler pour charmer sa future victime.
     
     


    L'Ours et le Policier
    Bois polychrome, Jeff Koons 1988
     

         Avec "Pink Panther" et "Michael Jackson et Bubble" c'est la troisième oeuvre exposée à Versailles qui associe un humain et un animal. L'ours et le policier faisait partie de l'exposition "Banality show" en 1988. La sculpture en bois polychrome a un aspect lisse et séduisant comme un personnage de conte pour enfant. Le couple est posé dans un angle du salon de la Guerre,  sans vitrine, seulement protégé par un cordon. On ne peut pas tourner autour mais on la voit assez bien. Le dos de l'oeuvre se reflète dans un miroir. Ce couple inquiétant nous amène à la Galerie des Glaces ou est installée Moon, une énorme bouée aux reflets bleus.
     


    Moon de Jeff Koons
    Galerie des Glaces, château de Versailles


         Un exemplaire de
    Bear and the Policeman sera présenté à Moscou par la maison Sotheby's du 16 au 19 octobre avant les ventes aux enchères de Londres et New York, cet automne.  Le prix de départ est de 8 à 12 millions de dollars.



    voir:  Jeff Koons et l'art rigolo
    `          Rabbit à Versailles
            Visite de l'atelier de Jeff Koons aux enchères
            Le projet de locomotive suspendue
            L'art contemporain et Jeff Koons à Versailles
           
    Split-rocker dans le parterre de l'Orangerie à Versailles
            Jeff Koons à Berlin


    "Jeff Koons Versailles"
    Exposition prolongée jusqu'au 4 janvier 2009


    Catherine-Alice Palagret

    1- La société de cour. Norbert Elias

     
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  •     Comme Jean-Pierre Raynaud qui voit son cube de céramique blanche détruit la semaine où il propose une nouvelle exposition, Daniel Buren, peu après son cri d'alarme sur l'état lamentable des "deux plateaux" (les colonnes rayées noires et blanches du Palais Royal), présente ses dernières installations à la nouvelle galerie de Kamel Mennour, rue Saint-André des arts à Paris. Après les Anneaux à la Biennale de l'estuaire à Nantes et l'arche du pont de Bilbao, Daniel Buren continue son travail in situ, cette fois à l'abri des murs d'une galerie.




    undefinedOeuvre de Daniel Buren: Une vitre jaune et une vitre bleue encadrées de rayures blanches et noires. Vue à travers.
     
     

    undefinedOeuvre de Daniel Buren: Une vitre jaune et une vitre bleue encadrées de rayures blanches et noires


    In situ, les transparences, les ombres et les reflets des néons font vivre les installations quand on se déplace.
    Petite précision: l'échelle ne fait pas partie des travaux "situé in situ".
     
     
    undefinedOeuvre de Daniel Buren: Dix carrés de couleur et deux rayés


    Communiqué de presse:


    Habitué à concevoir des projets pour de nouveaux lieux, c'est néanmoins la première fois que Daniel Buren se retrouve à construire pour un espace qui est lui-même en construction. D'où une appréhension qui s'est faite d'après les plans et surtout grâce à une anticipation nourrie d'expérience: “l'espace du lieu me donne certaines routes, certaines visions. Ici, j'ai eu la sensation que ce qui pourrait exister par la suite dans un autre lieu resterait en partie attaché à ce lieu-ci. C'est, ce sera.“ (1)

    En effet, quand on pense au travail de Daniel Buren, c'est avant tout l'indiscociabilité entre l'oeuvre et l'espace qui s'impose. Reconnaissable entre tous par ses rayures verticales dont la largeur est invariablement de 8,7 cm, Daniel Buren s'est singularisé dès la fin de 1967 en créant la notion d'oeuvre in situ: “un travail prenant en considération le lieu dans lequel il se se montre/s'expose [qui] ne pourra être transporté autre part et [qui] devra disparaître à la fin de l'exposition.“(2)  Par exemple, Les Deux Plateaux dans la cour d'honneur du Palais Royal à Paris (1986). ...


    undefinedOeuvre de Daniel Buren: Un carré jaune devant la fenêtre


    Pour son exposition au 47, rue Saint-André des Arts, Buren formule pour la première fois la notion d'oeuvre située in situ .... Ainsi, explique-t-il, “on peut imaginer que tous les éléments qui se trouvent dans cette exposition pourraient se trouver ailleurs mais tronqués, agrandis... avec des éléments en plus et en moins“. (4) En effet, ces travaux sont “situés“ car ils répondent à une règle (leur définition est relative à l'espace) mais ils sont également in situ: ils se modulent pour s'adapter au nouveau lieu, et pour ceci - grande première - des éléments peuvent être soit ajoutés soit retranchés... à condition bien sûr de conserver l'identité de l'oeuvre. Ainsi, “elle  peut changer de façon drastique à cause du nouveau lieu d'accueil“, ce qui fait rupture avec les “cabanes éclatées“ dont le nombre d'éléments est absolument invariant. L'intervention dans la première salle de la galerie combine, à ce propos, des éléments in situ qui seront détruits à la fin de l'exposition (les adhésifs directement collés sur les murs), des parties qui peuvent être transportées, multiples et disposées d'une autre façon (les caissons de bois) et d'autres éléments qui devront être refaits comme celui qui s'adapte à la banquette d'accueil de la galerie et qui fait partie de la salle pour le temps de l'exposition.


    Avec la notion d'oeuvre “située in situ“, le titre de l'exposition (C'était, c'est, ce sera) prend tout son sens. “C'était“ renvoie à la pensée de Buren, pour qui “les expositions sont des suites de travaux précédents“ (5).
    ...
     “C'est“ renvoie à  l'exposition telle qu'elle se donne présentement à voir tandis que le “Ce sera“ contient en germe d'autres propositions visuelles que pourrait générer l'oeuvre dans des contextes différents, si elle trouve toutefois un nouveau lieu d'accueil.
    Ainsi, on peut penser qu'une pièce pourrait être refaite sans la présence de l'artiste, mais seulement en suivant le programme inscrit au coeur de celle-ci. On mesure donc le parcours accompli depuis la notion d'in situ.

     En effet, dans un nouveau contexte, l'oeuvre “située in situ“ fera mentir la formule de Verlaine. Elle ne sera pas “Ni tout à fait la même/Ni tout à fait une autre“ (6) mais comme Daniel Buren l'affirme, “la pièce sera donc la même et complètement une autre“.
    Marie-Cécile Burnichon, novembre 2007

    (1), (4), (5)  Entretien avec l'artiste le 3 novembre 2007
    (2) Daniel Buren, in “catalogue raisonné thématique volume 2, cabanes éclatées 1975-2000 - “Notes sur le travail en rapport aux lieux où il s'inscrit, prises entre 1967 et 1975 et dont certaines sont spécialement récapitulées ici“. Studio international, 190, printemps 1975
    (6) Mon rêve familier, Verlaine, Poèmes saturniens, 1866



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    Exposition du 6 novembre 2007 au 19 janvier 2008.

    Galerie Kamel Mennour, 47 rue Saint-André des Arts - 75006 Paris.
    Tél.: 01 56 24 03 63.

    Ouverture du mardi au samedi de 11h à 19h.








    L'ancien hôtel particulier du 47 rue Saint-André des Arts. Au fond de la cour, la galerie Kamel Mennour


    La galerie est installée dans un ancien hôtel particulier du XVII èmé siècle. Aménagée par Aldric Beckmann et Françoise N'Thépé, elle offre 300 m2 d'exposition.

    Damien Odoul, dont c'est  la première exposition personnelle y présente "Virtual fight et lymphatique".





    Photos Catherine-Alice Palagret

     
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