• Avant le vandalisme, Dirty corner d'Anish Kapoor à Versailles

     

       Depuis le 9 juin, les sculptures d'Anish Kapoor sont exposées dans les jardins de Versailles. Dirty corner, une oeuvre monumentale de 60 mètres de long, attire les vandales qui à trois reprises ont couvert l'oeuvre de tags. Des idiots assez courageux pour abimer la sculpture mais bien trop lâches pour signer leur "travail". Dirty Corner est aussi appelé le Vagin de la Reine, une expression qu'Anish Kapoor dément avoir employé bien qu'il reconnaisse une connotation sexuelle à son oeuvre.

     

     

    "Je n'ai jamais employé les mots d'où est née la polémique", nous répète Anish Kapoor. "Je n'ai jamais dit «La Reine», j'ai évoqué «Her» ou «She» pour désigner une forme qui pourrait être féminine, allongée sur le gazon, comme une reine égyptienne ou une sphynge. Le fait de baptiser Dirty Corner d'un vulgaire Vagin de la Reine est une façon de rabaisser mon travail, de mettre l'art au niveau des injures, de salir mon œuvre et de l'associer par des mots offensants à un rejet facile et immédiat. Ce ne sont pas mes mots, ce n'est d'ailleurs pas ma façon de penser, je m'en suis expliqué encore et encore, notamment lors de la Conférence de presse le 5 juin au Château de Versailles."

     

     

    Avant le vandalisme, Dirty corner d'Anish Kapoor à Versailles

     Dirty Corner, Anish Kapoor, Versailles 2015 

     

    L'installation, faite de métal, de rochers et de terre, ressemble à une trompe d’acier ou à un vaisseau spatial qui se serait écrasé devant le château du Roi Soleil projetant d'énormes rochers alentour. Ou à un phonographe. Mais un vagin?

      

     

     

    Avant le vandalisme, Dirty corner d'Anish Kapoor à Versailles

     

    Dirty Corner, Anish Kapoor, Versailles 2015 

     

    - Le 16 juin, les vandales ont d'abord couvert le métal rouillé de jets de peinture jaune. Qui ont été nettoyés.

    - Le 6 septembre, inscriptions antisémites disant: «La reine sacrifiée, deux fois outragée», «SS Sacrifice Sanglant», «le deuxième VIOL de la Nation par l'activisme JUIF DEVIANT». Ou encore «Juifs tradis et Kabbalistes: ce taré vous met en danger». Très affecté, Anish Kapoor a provisoirement décidé de garder les inscriptions: « ces mots infamants font partie » de l’œuvre a-t-il déclaré. Pour lui, ces tags racistes révèlent le côté sale de l'humanité (the dirty corner of humanity).

     

     


    Le sculpteur Anish Kapoor découvre son œuvre... par lemondefr

     

     

    - Le 10 septembre nouvelle inscription: « respecter l’art ». Cette fois-ci, le plasticien anglo-anglais demande à l'état de protéger son oeuvre.

     

    Avant le vandalisme, Dirty corner d'Anish Kapoor à Versailles

     

    Dirty Corner, Anish Kapoor, Versailles 2015

     

        " ... Je note un certain malaise dans ce pays que j'adore, dont j'aime le patrimoine et la langue. Ce malaise est venu punir un objet, un pur objet, qui n'a pas la parole pour se défendre. C'est d'ailleurs l'aspect positif de cette histoire violente et négative: ce vandalisme aveugle prouve le pouvoir de l'art qui intrigue, dérange, fait bouger des limites. Si on avait voulu souligner sa portée symbolique, voilà qui est fait comme jamais auparavant. Je n'aime pas le mot métaphysique, mais il y a plus de pouvoir dans une œuvre d'art que ce que l'on peut voir. La chose positive de cette agression est qu'elle met en évidence la force créative d'un objet inanimé". 1

     

    Avant le vandalisme, Dirty corner d'Anish Kapoor à Versailles

     

    Dirty Corner, Anish Kapoor, Versailles 2015

     

      Le vandalisme est prospère en France dans les musées ou dans l'espace public. D'un tableau de Cy Twombly maculé d'une empreinte de lèvres rouges en Avignon à l'arbre (Tree) de Paul McCarthy dégonflé place Vendôme jusqu'à l'oeuf du sculpteur Alain Mila repeint en bleu par Fabien Engelmann le maire FN d'Hayange, les exemples sont nombreux. Ils témoignent d'une haine et d'une intolérance à l'art contemporain ou à l'art tout court, à la culture.

     

     

    Avant le vandalisme, Dirty corner d'Anish Kapoor à Versailles

     

     Dirty Corner, Anish Kapoor, Versailles 2015

     

     

       Pendant ce temps, après les talibans en Afghanistan, les fanatiques de Daech détruisent Palmyre et d'autres sites archéologiques. Bien sûr l'échelle ni l'importance de la sculpture d'Anish Kapoor ne sont les mêmes. A Versailles Dirty Corner est une oeuvre éphémère. Anish Kapoor est vivant et continue à travailler. Mais le fanatisme haineux et la violence envers la création et les créateurs sont les mêmes. 

     

     

     

    Avant le vandalisme, Dirty corner d'Anish Kapoor à Versailles

    Encelade, le Titan enseveli, bosquet de Versailles

     

     Les oeuvres d'Anish Kapoor à Versailles veulent apporter un peu de désordre à l'harmonie sévère du château, un déséquilibre. Les jardins de Le Nôtre sont faits de tracés rectilignes et de broderies de buis symétriques. Mais les bosquets, de chaque côté de la longue pelouse rectangulaire, recèlent des décors baroques. Ainsi le bosquet de la Fontaine d'Encelade recrée une scène dramatique où le Titan Encelade, puni par les Dieux, est peu à peu enseveli sous un volcan. Seuls sa tête et ses mains émergent, tendues vers le ciel dans une imploration désespérée. Les blocs rocheux d'Anish Kapoor sont peut-être un écho au chaos qui écrase le géant Encelade.

     

     

     

     

    Liens sur ce blog:

    Le bosquet d'Encelade à Versailles

     

     

    Communiqué de presse:

        L’exposition d’Art contemporain à Versailles commence toujours par une marche. La première rencontre avec l’artiste. Ou plutôt la première rencontre de l’artiste avec le château de Versailles. Qu’il soit ou non familier des lieux, son regard, ce jour-là, change comme s’il était dessillé par la perspective de s’y installer. Et il est plus important que ses mots : il jauge l’immensité et le poids de cette architecture unique et il se jauge aussi à l’aune de cet environnement exceptionnel. Dès le premier jour, en quelque sorte, il n’y a plus rien que cette relation singulière où l’un se mesure à l’autre. Nous marchions avec Anish Kapoor. D’un bon pas, d’un pas d’arpenteur. Et dans un silence coupé de quelques mots où il était question de Le Nôtre né – clin d’oeil de l’histoire – un 12 mars comme Anish Kapoor, la promenade s’éternisait. A la fin, Anish Kapoor demanda de réfléchir. Quelle anxiété pour nous ! Mais quelle humilité de la part d’un artiste habitué à tous les théâtres. Un an plus tard, Anish Kapoor proposait “son” parcours dans les jardins de Versailles. Comme Giuseppe Penone, comme Lee Ufan, il avait identifié secrètement oeuvres et emplacements. Comme eux, les yeux en compas, il pensait d’abord grandeur, proportions. Lui qui pourtant avait magistralement occupé l’espace du Grand Palais en 2011 avec son Léviathan n’en était pas quitte pour autant des 800 hectares du domaine de Versailles. Mais au-delà de la topographie de ce territoire conquis, discipliné par Louis XIV avec Le Nôtre, peut-être se trouvait-on au coeur-même de la pensée d’Anish Kapoor, à la fois ingénieur et philosophe, architecte et poète, dans cette appréhension de l’espace. Anish Kapoor a fait la démonstration ici ou là, qu’il était fou d’espace, l’espace qu’il traite, a-t’il confié, comme une “idée poétique” non pas dans ses limites mais pour tout ce qu’il implique. Ce que nous voyons et ce que nous ne voyons pas, les sens accumulés par l’histoire… Pour Anish Kapoor, l’oeuvre n’existe pas seule mais par celui qui la voit. Le visiteur de Versailles se perd dans les dualités qui marquent le travail de l’artiste : terre et ciel, visible et invisible, dedans et dehors, ombre et lumière… Cet univers n’est lisible que par l’imaginaire. L’originalité de cette exposition, ce qui la rend unique, même aux yeux de ceux qui suivent depuis longtemps Kapoor de par le monde, c’est que cet imaginaire rencontre à Versailles celui que l’histoire a sédimenté. Ce paysage si maîtrisé est happé par l’instabilité. Les terrains sont incertains et mouvants. L’eau y tourbillonne. Les ruines, hier romantiques, s’emparent du tapis vert. Le pas bute sur de faux labyrinthes. Les miroirs, si liés à Versailles, le déforment. C’est un monde au bord du basculement peut-être. Ce n’est pas un hasard si Anish Kapoor, le premier, a voulu pousser la porte de la salle du Jeu de Paume qu’il regarde comme une oeuvre, pour y poser une installation. Anish Kapoor nous entraîne à Versailles, dans une histoire cachée. Catherine Pégard Présidente de l’Etablissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles.

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Michael
    Vendredi 16 Septembre 2016 à 10:35

    Appeler ça une oeuvre d'art ! autant s'extasier devant une merde de chien ou une branche d'arbre cassée

    dialogue de bobo devant une merde de chien :

    - oh! quel naturel, cela rompt avec le classicisme, l'artiste a même parfumé son oeuvre

    - quelle force, quelle audace !

    réponse du cantonnier : pardon m'sieur dame, j'ai pas fini de balayer

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