• Street-art, des murs bien bavards: souffrance, tristesse, mort, murmurent les stickers

     

     

    Comment vivre heureux?

       Pas besoin de se plonger dans la lecture des moralistes grecs, latins ou orientaux. Inutile d'étudier Platon, Epicure, Bouddha ou Schopenhauer. Le bonheur est à portée de main. Il suffit d'écouter les murs car, s'ils ont des oreilles, ils ont aussi une voix. Obstinément, les murs nous guident vers une vie heureuse.
     


    Arrête de souffrir
    papier collé de Jibe C
     

        Au milieu des pochoirs et des graffiti une affiche proclame:

    "Il est temps de décréter la fin de la souffrance"

         Le poing levé est le symbole des révolutionnaires, de la  résistance et du combat. Ici l'ennemi est la souffrance. Le poing est découpé en zones colorées. Des courbes de niveaux ou les zones de douleur?
     

    Invader, flamand rose et étoiles en pochoir
    poing fermé, papier collé de Jibe C


         Un peu plus loin, un papier découpé: deux mains semblent repousser la souffrance en disant stop. "Arrête de souffrir" est un slogan de l'Eglise Pentecôtiste que détourne Jibe C., un illustrateur. Le poing levé et les deux paumes de la main sont des symboles immédiatement reconnaissables.
     


    Stop, Arrête de souffrir, papier collé découpé de Jibe C

       Le sous-sol parisien recèle lui aussi des trésors de sagesse. Dans un couloir de métro, de nombreux panneaux publicitaires sont vides. Bien involontairement, les monochromes jaunes ou bleus violets qui tiennent lieu d'affiches dénoncent la vanité de la publicité et l'insignifiance de vies centrées sur la consommation, l'avoir.
     
     
    Crevez pas de tristesse
    sticker de Puño

         Collé au centre du néant publicitaire un sticker nous rappelle à l'être. Le crâne dessiné nous dit: "Crevez pas de tristesse, écrasé par une voiture non plus." Le sticker se détache parfaitement bien sur le beau papier bleu même s'il est très petit et que peu de passants s'arrêtent pour le regarder.
     


    Crevez pas de tristesse, sticker de Puño
    sur une affiche vierge de publicité dans le métro parisien
     
     
         La tête de mort, d'où semble sortir ce conseil plein de bon sens, nous renvoie vers le site de Puño, un dessinateur. Son image macabre se promène aussi en surface, sur les murs, les gouttières ou les boîtes à lettres de Paris.
     


    Crevez pas de tristesse, sticker macabre de Puño
    sur une boîte à lettres

       Noire, les doigts décharnés, arrachée à un mort-vivant, une main se tend vers nous. Le pochoir n'a rien d'engageant. Mr Happy veut-il nous rappeler que la vie est brève et le bonheur fugitif?
     

    la main noire de Mr Happy


        Le thème de la souffrance et de la brièveté de la vie a toujours inspiré les  peintres et les poètes.

      Carpe diem quam minimum credula postero

         Cueille le jour présent et n'aie pas confiance en l'avenir, disait le poète latin Horace. Au seizième siècle, Ronsard reprend ce thème dans les Sonnets pour Hélène:

    Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
    Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.


       Les injonctions des artistes urbains ne sont que l'écho épuisé de cette tradition épicurienne.
     


    Liens sur ce blog: street-art et philosophie de la rue
     
    « Street-art: Kafka, Rita Hayworth, Louise Brooks par Rue Meurt d'ArtBuren: la Coupure bientôt détruite, le musée Picasso ferme pour travaux »
    Pin It

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :