• Cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre: les petits canards en bois du Capitaine Cook

     

       Dans un petit village des Cotswolds non loin de Cirencester, Aristide Sauveterre a fait une belle découverte. Ayant renoncé à trouver un canard de bain de la cargaison naufragée de 1992, il s'est mis en quête des canards en bois du Capitaine Cook. Pourquoi des canards? Chaque collectionneur a ses lubies. L'ethnologue Alix de la Liquière-Engueyrade lui avait raconté sa découverte de petits canards en bois utilisés dans les rituels de l'île de Nova-Esperanza, canards offerts, selon la légende par le Capitaine Cook (1). Aristide Sauveterre s'est dit que si l'explorateur anglais s'intéressait tant aux jouets en forme de canards, il devait en avoir conservé en Angleterre.

     

     

     

    canard Cook 6Jouet et bibelot en forme de canard, attribués au navigateur James Cook

     

     

       De retour de son voyage à la recherche de la mythique Terra Australis qu'il manqua de peu, le Capitaine Cook fut nommé à la tête du Greenwich Hospital où il emménagea avec sa famille. Quand il était à terre, le Capitaine écrivait le récit de ses voyages, peaufinait ses cartes mais, loin de l'océan, il s'ennuyait ferme. Il rendait alors souvent visite à une lointaine cousine passionnée d'ornithologie, à Shipston-on-Stour. Qu'il y ait eu un tendre lien entre les cousins, rien ne permet de l'affirmer mais Camilla était une jolie jeune fille, de 20 ans plus jeune que le Capitaine. Fille unique d'Alistair Wheech-Beecham, pasteur anglican, elle avait reçu une éducation plus poussée que celle des jeunes filles de son temps. Dès son plus jeune âge, à la suite de son père, Camilla parcourait les forêts et les champs pour étudier la faune et la flore et surtout les oiseaux. Elle consignait ses observations dans un petit carnet avec autant de soin que James Cook décrivait ses voyages dans les mers du Sud.

     

    canard Cook groupeJouets et bibelots en forme de canard

     

     

        Le Capitaine Cook retrouvait en Camilla la même passion qui le conduisait à explorer les terres inconnues. Si elle avait été un homme, James l'aurait certainement engagée comme assistante-naturaliste dans une de ses expéditions. Camilla en rêvait mais bien sûr l'époque l'interdisait. Pour se consoler, au lieu de faire de la broderie ou de jouer du piano en attendant un prétendant, Camilla sillonnait la campagne et ne rentrait qu'au soir couverte de poussière ou de boue. Quand le temps était trop mauvais, Camilla se réfugiait dans son atelier et fabriquait des petits canards en bois ou en plâtre qu'elle offrait aux enfants du village et certainement au Capitaine Cook.

     

     

    canard Cook métalboîtes à secret en étain incrustées de laiton en forme de canard

     

     

       Lors de son troisième et dernier voyage à la recherche du mythique passage du Nord-Ouest, James Cook débarqua à Hawaï en 1779. Bien accueillis au début, la tension monta entre les anglais et les Hawaïens. Une bagarre éclata sur la plage et James Cook, encerclé, fut massacré par les autochtones. L'Angleterre n'apprit qu'un an plus tard la mort tragique de son héros. Camilla Wheech-Beecham en fut bouleversée. Lors d'une visite à Elizabeth Cook, la veuve du navigateur, Camilla demanda si elle pouvait reprendre les petits canards de bois que collectionnait James Cook. Elle repartit avec une petite malle pleine, Elizabeth préférant se consacrer aux manuscrits de son époux.

     

     

     

    canard Cook 7Canard au bec rouge en bois peint

     

     

          A partir de ce jour, Camilla abandonna l'étude des oiseaux et ne quitta plus son atelier. Son père lui avait laissé une petite rente et elle se consacra dès lors à la sculpture de petits volatiles, une occupation que son entourage trouvait bizarre. Elle ne se maria jamais. A sa mort en 1801, sans héritier, les modestes biens de l'ornithologue amateur furent dispersés aux enchères. 213 ans plus tard, les canards de Camilla Wheech-Beecham et de James Cook sont apparus dans un vide-grenier rural (car boot sales) dans un petit village des Cotswolds où Aristide Sauveterre furetait à la recherche d'objets pour son cabinet de curiosités, de Winchcombe à Chipping Camden.

     

     

    canard Cook rocherCanard en bois peint

     

     

        A Chipton-under-Whychwood, sur la prairie communale, de nombreuses voitures au coffre ouvert offraient leurs lots de bibelots, de vêtements et de jouets usagés. Le collectionneur repéra une malle d'officier de marine en camphrier. Cabossé avec trois coins de cuivre manquant, les charnières désarticulées, le bagage ne valait plus grand-chose, même très ancien. Son contenu par contre fascina Aristide: une centaine de jouets et de bibelots défraîchis représentant des canards, uniquement des canards. Excité par une telle découverte, pressentant qu'il tenait là quelque chose de précieux, le collectionneur ne discuta pas le prix de 50 livres demandé par Norman, un jeune homme qui venait de vider le grenier de la maison familiale.

     

     

     

    canard Cook 9Canard boîte à secret multicolore trouvé dans la malle de Camilla

     

     

     

          Plus tard, en inventoriant la malle, Aristide Sauveterre découvrit sous les canards poussiéreux les carnets d'observations ornithologiques de Camilla qui confirmèrent son intuition. Il tenait là un vrai trésor. Le vendeur ne s'était pas donné la peine de lire les vieux manuscrits pourtant illustrés de délicats dessins d'oiseaux et de croquis de sculptures. La jeune fille y racontait ses explorations campagnardes et ses discussions savantes avec James Cook, le fameux navigateur cartographe. Les récits de Camilla, de 1760 à 1801, permettent de dater les objets et établissent la relation de Camilla avec son célèbre cousin.

     

     

     

    canard Cook salièreCanard-salière en porcelaine trouvé dans la malle de Camilla à Chipton-under-Whychwood

     

     

     

          Certains canards en bois et en plâtre sont très vieux et s'effritent; d'autres en forme de salière ou de terrines miniatures sont plus récents et proviennent de boutique de souvenirs exotiques. Aucun n'est signé Camilla Wheech-Beecham mais la jeune fille signait-elle ce qu'elle considérait comme des jouets? Aristide Sauveterre tient à garder tous les canards de la malle; il croit cependant que certains palmipèdes en bois, restaurés, ont bien été la propriété du fameux navigateur anglais.

     

     

     

    canard-Cook-dinosaure.jpgAffrontement du dinosaure et du canard, collection d'Aristide Sauveterre

     

     

     Les canards sont disséminés dans sa propriété à côté de ses fausses araignées géantes, de ses figurines Mc Donald's et de ses dinosaures en plastique (2). L'authenticité des collections d'Aristide n'est pas un problème. Dans la tradition des cabinets de curiosités (3), les pièces authentiques et les faux se mêlent; les pièces rares et les pièces fabriquées par milliers aussi. 

     

     

     

    canard Cook boisCanard de bois rouge du Capitaine Cook

     

     

         Seul le canard rouge en bois ressemble à celui qu'Alix a vu sur l'autel des ancêtres de Nova-Esperanza et c'est le seul qu'Aristide garde à l'intérieur de sa maison pour éviter qu'il ne se délite sous la pluie. Le fait de livrer une partie de ses trésors aux intempéries est contradictoire avec l'idée de collection mais le vieil homme aime voir l'action du temps qui métamorphose les objets. Déjà il ne reste plus rien des totems Bartoli (4). 

     

     

     

    Totem-Bartoli-de-lite-.jpgCe qui reste du Totem de Claude-Henri Bartoli, 25 ans plus tard

     

     

        Pour mettre à jour l'inventaire du cabinet de curiosité d'Aristide Sauveterre et garder une trace des objets voués à la disparition, le documentariste Bénédict Ravenol photographie les canards en bois du Capitaine James Cook, sans oublier la salière en porcelaine, les oiseaux en étain incrustés de laiton et les boîtes à secret décorées de couleurs vives fort peu réalistes. 

     

       Bénédict ne pense plus à son voyage manqué sur Pallas 21 et à la disparition du professeur Boncam il y a déjà sept ans (5). Depuis il est devenu un documentariste recherché. Sa dernière video sur la "Peyro Escrito d'Olargues" lui a valu plusieurs prix.

     

     

     

    Liens sur ce blog:

    *- donald duck à lille l'art du detournement

    1- Le culte des ancêtres en Océanie, argile, débris de plastique et canards en bois

    2- Les araignées géantes du cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre

    3- Le cabinet de curiosités de M. Aristide Sauveterre

    4- Claude-Henri Bartoli et la destruction des Totems

    5- Disparition de l'archéologue Pierre Epaminondas Boncam, en route pour Pallas 21? 

     

     

    Palagret

    Cabinet de curiosités

    juin 2014

     

     

    « Le photographe milliardaire Ahae est un escroc recherché par le FBI"Vivez Versailles autrement", campagne publicitaire pour le château de Versailles déjà trop visité »
    Pin It

    Tags Tags : ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :