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    Une tentative de collection universelle ...

     

        "curiosus, cupidus, studiosus" ainsi le dictionnaire de Trévoux, publié en 1771, définit-il la curiosité: ce qui se traduit par "l'attention, le désir, la passion du savoir". C'est la devise de tous les collectionneurs de curiosités et plus particulièrement celle d'Aristide Sauveterre.
     

     

    Les ancêtres, statue de carnaval en papier mâché peint,
    dignitaires chinois sur rouleau, statue de femme noire

     

        Son cabinet de curiosités se cache dans un vieux mas du Languedoc, non loin du château de ses ancêtres. Bien peu de personnes sont autorisées à visiter cette chambre des merveilles. Selon la tradition, la collection se compose de naturaliae (animaux empaillés, madrépores, météorites, monstres et merveilles de la nature ), d'artificialiae (clepsydres, fioles lacrymales, astrolabes, automates) et d'exoticae (papyrus, tambour indien ou pipe inuit, statuettes barbares). C'est tout un bric-à-brac d'objets rares ou insolites, grotesques ou scientifiques, où une précieuse verrerie romaine peut côtoyer un gobelet Mac Donald's à l'effigie d'Homer Simpson et où un ticket de métro de 1975 a autant de valeur qu'une enluminure médiévale. Aristide nous a autorisé à photographier quelques pièces mineures de sa collection.
     
     
     
    serpent-_large_.jpg Naturalia - Serpent conservé dans le formol
               
     
        Le cabinet de curiosités est un miroir du monde, un microcosme. Il tente de représenter la merveille et la diversité de la Création. Les cabinets ont toujours contenus des pièces fantaisistes: la fabuleuse corne de licorne du Trésor de Saint-Denis, aujourd'hui au Musée national du Moyen âge, des dents de dragon enchâssés d'or, des lutins embaumés, des os de Titans ou des griffes de yéti.

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    Curiosit--s--madr--pore--1-.jpgNaturalia  -  Madrépore

     
     
         Dès la Renaissance, la fascination pour le monstrueux et les chimères, jointe au goût de la mystification, peuple les cabinets de curiosités d'improbables naturaliae. La supercherie est présente au cœur des plus somptueuses collections. Bien qu'ancêtres des musées, les cabinets de curiosités n'en ont pas la rigueur scientifique: les attributions sont souvent erronées, la provenance et la datation farfelues.
     
     
     
    chouette-_large_.jpgNaturalia - animaux empaillés

     
     
        Dans son désir de totalité, dans sa frénésie à faire tenir le monde dans une pièce, le collectionneur de curiosités accumule les objets les plus étranges et les plus dérisoires sans jamais assouvir sa passion. C'est une entreprise qui ne peut être que vouée à l'échec. Des collectionneurs se sont ruinés à trop acquérir.
     
     
     
    Curiosit--s-Mosson--011.jpgLivre: cabinet des insectes de Joseph Bonnier de la Mosson

     
     
        Au 18è siècle, Joseph Bonnier de la Mosson, un ancêtre d'Aristide Sauveterre, est de ceux-là. Son hôtel de Lude, rue Saint-Dominique à Paris, abritait un célèbre cabinet de curiosités rassemblant multitude de naturalia, exotica et artificialia. La curiosité la plus appréciée de la société parisienne était un théâtre d'automates qui jouaient la Création du monde. Ce théâtre a disparu et on en sait peu de chose.
     
     
     
     
    Curiosit--s--portrait--1-.jpg Portrait d'un noble sur un vase fait de morceaux de porcelaine

     

     

    - Aristide Sauveterre: Je suis le descendant de Philibert Sauveterre, un cousin éloigné de Joseph Bonnier de la Mosson. Le baron Bonnier de la Mosson dilapida la fortune héritée de son père tant à Paris pour son cabinet de curiosités qu'à Montpellier pour son château de la Mosson qu'il meubla avec munificence. Lorsqu'il mourut ruiné en 1744, ses biens furent dispersés. Philibert Sauveterre était son assistant, son disciple. Il avait voyagé avec lui partout en Europe, en Italie sur les traces d'Ulysse Aldovandri, en Angleterre chez les héritiers de John Tradescant, en Autriche et en Bohême à la recherche des trésors dispersés de Rodolphe II, créateur d'un cabinet de curiosités unique en Europe. Joseph et Philibert revenaient à l'hôtel de Lude suivis de charrettes débordantes de trouvailles. Pour immortaliser sa collection, la curiosité et la vanité allant souvent de pair, Bonnier de la Mosson commanda un recueil de dessins de ses trésors à Jean-Baptiste Courtonne. A la mort de son cousin et mentor, Philibert, le coeur brisé, établit avec Gersaint le catalogue raisonné de la collection qui allait être vendue aux enchères.

     



    Catalogue-Mosson--Gersant.jpg
         Catalogue raisonné d'une collection considérable ...

     

     

        Grâce au catalogue de Gersaint et aux dessins de Courtonne, nous avons une connaissance précise des merveilles rassemblées par Joseph Bonnier de la Mosson.

        Le 26 avril 1745, une vente aux enchères dispersa les biens du collectionneur. Le comte Buffon acheta les plus belles naturaliae pour le cabinet du roi Louis XVI. Philibert Sauveterre dut s’incliner devant l'envoyé royal. Il ne put acquérir que des pièces jugées mineures à l'époque.

        “Le bouclier chinois, l'écuelle de bois sculptée très curieusement et fort ancienne, le crocodile d'environ cinq pieds, le crabe fort singulier portant une longue et forte aiguille au bout du museau“ etc, lui échappèrent mais au fil du temps, Philibert constitua une collection tout aussi hétéroclite. Il ne possédait pas une grande fortune et acheta avec modération. Transmis de génération en génération, enrichi, ce cabinet de curiosités est désormais le mien car je suis le descendant direct de Philibert Sauveterre.

     


      

     Curiosit--s-Simpson--1-.jpg 

    Figurines des Simpsons et jeux anciens

     

     

        Quand Joseph Bonnier de la Mosson meurt, l'âge d'or des cabinets de curiosités  se termine. Dès le dix-septième siècle, René Descartes a établi des règles précises pour chercher la vérité dans les sciences. Il s'en prend aux amateurs de curiosités qui recherchent l'objet rare au détriment de la rigueur scientifique:


         "Il est bien meilleur de ne jamais penser à chercher la vérité d'aucune chose, que de le faire sans méthode: car il est très certain, que de telles études menées sans ordre, troublent la lumière naturelle et aveugle les esprits; et tous ceux qui se sont accoutumés à marcher ainsi dans les ténèbres, affaiblissent tant l'acuité de leurs yeux, qu'il ne peuvent plus ensuite supporter la lumière." (1)

     

        Le Merveilleux et la Raison vont cohabiter encore quelques temps. C'est le début des cabinets d'histoire naturelle, bientôt la classification du vivant, l'évolution des espèces, l'émergence des musées.

     

     

    idole-1-a.-_10_.jpgStatuette de Nova-Esperanza au miroir,
    sorcière  et horloge aux brebis

     

     

        - Aristide Sauveterre: Pour ma part, j'assume entièrement le manque de rigueur scientifique de ma collection. Des œuvres authentifiées côtoient des faux évidents. Je m'en arrange car l'intérêt est dans la recherche et l'accumulation de pièces bizarres, rares, étonnantes. Dernièrement, ma section exotica, celle que je préfère, s'est enrichie des figurines rituelles rapportées par mes amis : Pierre-Epaminondas Boncam, le célèbre archéologue, Camille Octonel et Alix de la Liquière Engueyrade, toutes deux ethnologues. Je possède aussi quelques cartes au trésor mais elles ne sont pas ici. Je les ai mises en lieu sûr, elles attisent trop les convoitises.

        Mes acquisitions ne dépareraient pas le cabinet de curiosités de Joseph Bonnier de la Mosson, reconstitué en 1994 au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Je vais souvent m’y promener pour admirer les cinq armoires de naturaliae contenant les achats de Buffon.

     

     

    curiosit--s-Mosson-1.jpg Le cabinet de curiosités de Bonnier de la Mosson
    dessin de Jean-Baptiste Courtonne

     

    Cabinet-Mosson-6.jpgle cabinet de curiosités de Bonnier de la Mosson,
    reconstitué
    au Muséum national d’histoire naturelle de Paris

     

     

        Je corresponds avec de nombreux collectionneurs tout aussi passionnés que moi. Nous échangeons parfois des objets. Ainsi je négocie avec David Wilson à Culver City, près de Los Angeles. Son « Museum of Jurassic Technology » contient des merveilles dont je suis jaloux. J’ai essayé de lui arracher la corne de Mary Davis de Saughall daté de 1688, sans succès. Mary Davis de Saughall n’est pas le seul être humain à avoir une corne mais c’est la seule dont on ait conservé le crâne.   

     

     

    Mary Davis de Saughall, la femme à cornes

     

        Je connais un deuxième exemple de femme aux cornes de bélier: un tondo de Jean-Léon Gérôme (1853). Il s'agit d'une figure mythologique, une bacchante.
     
     

    Tondo de Jean-Léon Gérôme



        Ne pouvant acquérir l'œuvre de Gérôme, je me contenterai bien du crâne de Los Angeles. Sa corne irait très bien avec mes autres monstres dans ma Wunderkammer, ma chambre des merveilles, à coté de mon basilic, né de l’union d’une poule et d’un crapaud, de mon fœtus de licorne et de mes araignées géantes desséchées.
     
     
     

        Curiosit--s-jouet--1-.jpg

    Collection de jouets en plastique

         

     

         Ma collection ne cesse de croître. J’achète, j’achète sans relâche et peut-être finirai-je ruiné moi aussi comme Joseph Bonnier de La Mosson. La soif de posséder ne peut être étanchée, Il y aura toujours une pièce manquante, une nouvelle série à commencer. Le mois dernier, j'ai songé à une collection de cercueils quand une menuiserie a fait faillite non loin d'ici. Je suis allé à la vente aux enchères mais j'ai dû renoncer à ces grosses boîtes, comme pour les dinosaures, faute d'espace. Il faut faire des choix.
     
     

     

    baigneuse-_large_.jpg Collection de souvenirs balnéaires



        Mes trois neveux et nièces (Clémentine, Tugdual et Quentin) n'hériteront pas de mon cabinet de curiosités. ils ne voient là qu'un fatras poussiéreux qui les fait éternuer. Ils seraient capables de tout envoyer à la décharge ou aux Emmaüs. Ainsi se romprait la chaîne qui me lie à Philibert et à son cousin Joseph Bonnier de la Mosson. Au temps de l'immatérialité de la musique, mes neveux ont du mal à concevoir qu'on puisse accumuler tant de choses inutiles. Un musée virtuel en 3D leur plairait plus.
     
     
     
    soeurs-_large_-1.jpgCollection de statuettes religieuses

      
        Mes naturaliae iront au muséum de Paris. Le reste de ma collection ira à mon ami Pierre-Epaminondas Boncam. Il respectera l'œuvre de plusieurs générations même s'il trouve mon cabinet de curiosités “amusant“. S'il meurt avant moi, je prendrai soin de ses archives, même si j'ai des doutes sur la datation de ses découvertes archéologiques. Nous nous disputons souvent à ce propos. La postérité nous départagera.

     

        Aujourd'hui, l'objet de mon désir est un de ces fabuleux petits canards jaunes en plastique, tombés à la mer lors d’une tempête en 1992. Voici quatorze ans qu’ils errent sur les trois océans et depuis, des centaines de curieux, partout dans le monde, scrutent les plages dans l'attente d’un rescapé. Un seul canard me suffirait. Même décoloré, même déchiqueté. Un seul magnifique petit canard jaune pour mon cabinet de curiosités.
     
     
     
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    Billet de 2006 republié sur Eklablog dû à un transfert incomplet à partir d'over-blog
     
     
     
     
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    Arcimboldo en 3D et cabinet de curiosités



    voir Le cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre I

     

        Héritier d'une partie de la magnifique collection de Joseph Bonnier de la Mosson, Aristide Sauveterre accumule dans son cabinet de curiosités des originaux de grande valeur et des faux flagrants qui ne retiennent pas moins son attention.
     
     
     
    Armoires du Cabinet de Curiosités de Bonnier de la Mosson.
    Bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle de Paris



        Il y a un trésor que ni Bonnier de la Mosson ni Philibert Sauveterre, son neveu et assistant, ne réussirent jamais à posséder, bien qu'il firent plusieurs voyages à Prague et à Vienne sur les traces des Habsbourg: un portrait peint par Arcimboldo.
     
     
     
     
    Allégorie de l'été, Arcimboldo, musée du Louvre
     
     
     
        Le peintre maniériste Guiseppe Arcimboldo est connu pour ses  portraits composés, allégories ou caricatures, faits d'une habile juxtaposition de fleurs, de légumes, de fruits ou d'objets. Vus de près, les divers éléments sont peints avec un réalisme méticuleux, de loin le portrait s'impose. On connait la série des Quatre saisons, des Quatre éléments etc. La virtuosité ironique d'Arcimboldo le rendit extrèmement célèbre en son temps et de nombreuses copies et gravures de ses œuvres circulaient dans toute l'Europe. Au dix-huitième siècle, Arcimboldo, si adulé à la Renaissance, était tombé dans l'oubli. Le collectionneur Joseph Bonnier de la Mosson découvrit son existence dans un traité du XVIè siècle sur la peinture. L'auteur, Giovanni Paolo Lomazzo 1, faisait l'éloge des têtes composées et des grotesques portraits-rébus d'un peintre à la cour des Habsbourg.
     
     
     
     
     
    Arcimboldo le cuisinierLe cuisinier d'Arcimboldo, portrait lisible dans les deux sens
     
     
     
     
       Le journal de Philibert Sauveterre, dont Aristide possède les volumes non publiés2, témoigne de la quête obstinée de Joseph Bonnier de la Mosson à la recherche de ces curiosités. Il voulait au moins un tableau de la série des éléments (L'air, l'eau, le feu, la terre) ou les deux portraits: “Eve croquant la pomme” et son vis-à-vis, Adam tenant un rouleau de parchemin.
     
     
     

    arcimboldo-eve.JPGEve, portrait composé de corps nus enlacés d'Eve. Arcimboldo. 1578. collection privée suisse

     

     

      
        Le Baron Bonnier de la Mosson ne trouva jamais un tableau original d'Arcimboldo. Tout ce qu'il dénicha fut des gravures en noir et blanc qui rendaient assez mal l'exubérance et l'inventivité de ces portraits composés.

        Deux siècles et demi plus tard, Aristide a réalisé le rêve de Bonnier de la Mosson ... ou presque! Bien sûr il ne possède pas un tableau original! Lors d'une vente aux enchères, il est tombé par hasard sur un lot de caisses en bois provenant d'une école publique qui venait d'être rasée pour faire place à un centre psychiatrique de jour. Etiquetées “Arcimboldo cours élémentaire, 2ème année, 1978”, les caisses contenaient 17 sculptures soigneusement emballées. En plâtre peint, haute d'environ trente centimètres, elles reproduisaient avec plus ou moins d'habileté l'accumulation de fruits et de légumes qui donnait forme aux plus fameux portraits du peintre maniériste. Des bananes, des fraises, des oranges  ainsi que des poireaux, des choux et des champignons en plastique sont incrustés dans le plâtre, donnant aux répliques arcimboldiennes une vivacité du plus gracieux effet.

     

          Connaissant l'obsession de Joseph Bonnier de la Mosson pour les têtes composées, Aristide n'a pu résister à acquérir ces amusants Arcimboldo en 3D. Il les a catalogués sous: Section art modeste n° ACBD 2. Le collectionneur du dix-huitième siècle, aurait apprécié cette trouvaille insolite. Il ne manquait pas d'humour, lui qui accumulait des objets bizarres aux origines incertaines à coté de merveilles de la nature.

     

     

    Liens sur ce blog:

    * Arcimboldo, les Quatre élements

     

    Mark Dion, cabinets de curiosités, le vrai et le faux, à Arles, au Collège des Bernardins et à Monaco

     

     

     

    Catherine-Alice Palagret

    cabinet de curiosités

    mai 2008

     

     

     

    1- Tempio della Pittura 1590, Giovanni Paolo Lomazzo.

    2- Journal de Philibert Sauveterre. Seize in-quarto reliés en peau de requin. Manuscrits illustrés.

     

     

     

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          Depuis leur découverte, les crânes de cristal fascinent par leur beauté. Ils sont si lisses, si propres, si imputrescibles. Ils parlent de la mort mais leur perfection visuelle fait oublier la pourriture qu'ils symbolisent.

     

     

    Londres-crane-cristal-2.jpgCrâne de cristal exposé au British museum, Londres

     

     

        Un crâne de cristal, fut prétendument découvert entre 1926 et 1929  dans les ruines d'un temple maya à Lubaatum, Bélize, par Anna, la fille de Frederik A. Mitchell-Hedges. Cet aventurier archéologue surnomma ce trésor fabuleux «crâne de la malédiction» ou "crâne du destin funeste" (Skull of Doom). Il lui attribuait des pouvoirs maléfiques.

     

        "Le crâne de la malédiction était constitué de cristal de roche pur et il avait fallu, d'après les scientifiques, plus de 150 ans pour que, du travail de plusieurs générations successives travaillant chaque jour de leur vie, frottant patiemment avec du sable un immense bloc de cristal de roche, émerge le Crâne parfait. 

        Il est âgé d'au moins 3600 ans et, d'après la légende, était utilisé par le Grand Prêtre des Mayas lors de rites ésotériques. Il est dit que quand celui-ci souhaitait une mort, avec l'aide du crâne, celle-ci se produisait immanquablement. Il a été décrit comme l'incarnation du mal." (1)

     

     

    Mitchell-Hedges en 1922 L'aventurier mystificateur Frederik A. Mitchell-Hedges en 1922

     

     

          Frederik Mitchell-Hedges déclarait qu'il avait des raisons pour ne pas révéler comment il découvrit le crâne à Lubaatum. Ca lui permettait de ne pas documenter sa découverte et de ne pas expliquer pourquoi son trésor n'était révélé que quelques années plus tard.  Mitchell-Hedges et sa fille Anna ont su créer et entretenir une légende occulte autour de leur fabuleuse découverte. L'aventurier-archéologue a probablement acheté le crâne de cristal dans une vente aux enchères chez Sotheby's en 1944. On a retrouvé le catalogue de vente.  

     

      

    Londres-crane-cristal-Eugene-Boban-4.jpgCartel du British museum, photo d'Eugène Boban collectionneur de vraies et fausses antiquités

     

     

        Le bel objet translucide se prête à toutes les affabulations mais l'authenticité des crânes de cristal a été très vite mise en doute. Les représentations de crânes sont fréquentes dans l'iconographie pré-colombienne mais on n'a jamais découvert un autre objet similaire dans les fouilles archéologiques d'Amérique centrale. 

     

       Des analyses récentes ont prouvé que ces crânes de cristal de roche ne proviennent pas des cultures pré-colombiennes mayas ou aztèques. Les crânes sont de magnifiques faux fabriqués au dix-neuvième siècle, à l'époque victorienne passionnée de spiritisme. La reconstitution scientifique d'un visage à partir du crâne du destin funeste démontre qu'il s'agit d'une femme au traits européens. Les crânes mayas de l'aristocratie était aplatis et non ronds, un signe de beauté. Le microscope électronique met en évidence de fines rayures parallèles, traces d'un meulage mécanique à haute vitesse avec un outil qui n'existait pas bien sûr dans l'Amérique pré-colombienne. Une analyse cristallographique montre que le cristal ne vient pas des territoires mayas ou aztèques. (2)

     

     

     

    crâne de cristal reconstitution femme européenne Reconstitution du visage sur le crâne "maya" du destin funeste: une femme européenne

     

     

           Il semblerait que les crânes de cristal aient été fabriqués en Allemagne au 19è siècle près du village d'Idar-Oberstein. Les artisans de ce village de Rhénanie étaient connus pour leur excellente technique de polissage et leur goût du secret. Des documents écrits attestent de l'importation de bloc de cristal venant du Brésil et de Madagascar. En 2010, Wilfried Rosendahl, commissaire de l'exposition "Le Culte des crânes" à Mannheim a demandé à un lapidaire d'Idar de reproduire le fameux crâne de cristal. Un an plus tard, Michael Peuster livrait un crâne parfait. (3)

     
     

    culte des crânes afficheAffiche de l'exposition de Mannheim 

     

     

          Ces crânes de cristal très réalistes nécessitent une grande habilité technique mais ils sont tout à fait reproduisables, même en série, n'en déplaise à Frederik Mitchell-Hedges et à ses adeptes new-age. Tapez crystal skull dans un moteur de recherche et vous trouverez des crânes à acheter, de plus ou moins bonne facture. Une entreprise chinoise produit de nombreuses répliques de crânes de cristal de très grande qualité et bien sûr très chers, vendus dans le monde entier. 

     

           En dépit des preuves scientifique ( crâne européen, technologie du XIXè siècle, reproductibilité évidente), les amateurs de new-âge continuent à croire que les crânes de cristal sont magiques. Lors de séances de channeling, les crânes parlent aux humains assez téméraires pour les interroger.

     

    "La vie terrestre de ce réceptacle est de 17000 ans… Il s’est transmis de génération en génération, il a été poli avec du sable et du crin… et nul mal ne viendra à lui. etc ... " (4)

     

       Les crânes de cristal auraient été transmis aux humains par des extra-terrestres, peut-être des Atlantes. Ils seraient un réceptacle de sagesse et de connaissances, du passé, du présent et de l'avenir, une sorte d'ordinateur holographique. Selon la légende il existerait treize crânes de cristal, douze féminins, comme les douze planètes, et un masculin. Lorsque les 13 crânes seront réunis, l'empire aztèque reviendra et la fin du monde, prévue le 21 décembre 2012, sera annulée grâce aux pouvoirs des crânes.

     

     

    ( Comme vous lisez cet article c'est que la fin du monde n'a pas eu lieu en 2012 comme annoncée par les illuminés)

     

       

    beware 2012 street-art Beware 2012 is coming, papier collé annonçant la fin du monde

     

           

        Il existe des crânes de cristal au British museum à Londres, au Musée du quai Branly à Paris, au Smithsonian Institution de Washington et dans les collections privées. On a récemment découvert un crâne en Bavière qui aurait appartenu au criminel nazi Heinrich Himmler. Le Reichfurher, comme Hitler, s'intéressait à l'occultisme. Tous ces crânes sont aujourd'hui considérés comme des faux archéologiques. Des recherches ont montré que plusieurs crânes avaient été vendus par Eugène Boban, un marchand de vraies et fausses antiquités.

     

     

    Londres crâne cristal 1Crâne de cristal exposé au British museum, Londres   

     

     

       Le film Indiana Jones et le Royaume du crâne de Cristal (Steven Spielberg 2008) exploite la légende des crânes de cristal. Celui qui découvrira le crâne s'assurera le contrôle absolu de l'univers. Comme avec l'Arche d'Alliance, autre artefact magique.

     

     

    Affiche Indiana Jones crâne de cristal Affiche du film "Indiana Jones et le Royaume du crâne de Cristal" (Steven Spielberg 2008)

     

     

        Crânes de cristal et fin du monde font bon ménage dans les cervelles adeptes d'occultisme. Malheureusement le fameux calendrier maya qui s'arrête en 2012 n'est qu'un élément parmi d'autres. L'année 2012 est bien la fin d'un cycle pour les mayas mais aussi le début d'un nouveau. Le National Geographic relate la découverte en 2010 d'une fresque sur le site du temple de Xultun au Guatemala par l'archéologue William Saturno de Boston University. Les murs sont couverts de calculs astronomiques qui vont bien au-delà de 2012, près de 7000 ans après. (5)

     

     

    glyphes-mayas.jpgGlyphes du calendrier maya découvert à Xultun, Guatemala

     

     

    «Nous n'arrêtons pas de chercher une fin, alors que les Mayas cherchaient à s'assurer que rien n'allait changer, explique William Saturno dans le National Geographic. C'est un état d'esprit radicalement différent

     

         Pour contrer les dérives millénaristes et les marchands de fin du monde, la NASA réfute sur son site les théories apocalyptiques. Non, il n'y aura pas de collision entre la Terre et la planète Nibiru ou planète X. (6)

     

       Le délire des adorateurs des crânes n'empêche pas d'admirer la destruction de la terre dans les films eschatologiques qui exploite la peur de l'apocalypse.

     

     

    Affiche-2012.jpgAffiche de 2012, film de Roland Emmerich en 2009

     

     

        Inutile de préparer un kit de survie pour 2012 ou de chercher à rassembler en cercle les crânes de cristal. La fin du monde n'aura pas lieu et même si un astéroïde frappait la terre, ce qui n'est pas improbable, les précautions ne serviraient strictement à rien.

     

     

    Crane-et-tibias-Jan-Fabre-crane-sculpture.jpgCrâne et tibias en verre de Jan Fabre

     

     

        Peu soucieux de la Fin du Monde, le collectionneur Aristide Sauveterre aimerait bien un crâne de cristal pour son Cabinet de Curiosités où les faux artefacts archéologiques sont nombreux. A défaut d'une vraie relique maya ou aztèque, il prendrait bien un crâne du dix-neuvième siècle, illustration d'une belle escroquerie organisée par des aventuriers et des marchands d'antiquité peu scrupuleux aux dépens de musées et de collectionneurs trop crédules. En attendant, Aristide se contente de collectionner les bibelots en forme de crâne.

     

     

     

     

    Liens sur ce blog:

    Le cabinet de curiosités de M. Aristide Sauveterre

    Crânes et tibias dans le street-art

     

     

     

    Palagret

    archéologie du quotidien

    août 2012 - janvier 2015

     

     

     

     

    Sources:

     

    1- F. A Mitchell-Hedg­es, "Danger My Ally", autobiographie.

     

    2- Video du National Geographic

     

    3- article du Spiegel

     

    4- Séances de channeling new-age

     

    5- National Geographic, la découverte du calendrier maya de Xultun

     

    6- La Nasa: la fin du monde n'aura pas lieu

     

     

     

     

     

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        Les 90 canards de bain en plastique (rubber ducks) lâchés dans les glaciers par la Nasa sont perdus corps et biens. En 1998, cette expérience low-tech devait permettre d'étudier le changement climatique et la fonte des glaces en arctique. Au lieu d'utiliser des appareils de mesure coûteux et fragiles, la Nasa avait choisi des jouets en plastique bon marché dotés de GPS. Leur réapparition nous aurait renseigné sur leur parcours dans les tunnels d'eau des glaciers. Malheureusement aucun canard n'est réapparu.

     

     

    mer, canards 6498Canards de bain échoués sur une plage

     

     

       Puisque la réalité est aussi décevante, la fiction s'en mêle. Haut & Court a annoncé au MIPCOM la production de "Rubber ducks", écrite par Yael Hedaya, l'auteur israélien de "In treatmenr". La série de dix épisodes racontera le fabuleux voyage des canards de bain sous la glace et leur découverte dix ans plus tard, par des autochtones. Des eskimos? On n'en sait pas plus mais on peut imaginer que, tels des revenants, les canards vont perturbés la vie quotidienne de communautés isolées qui pourraient y voir une offrande des dieux, l'appel d'un autre monde au-delà de la banquise, un message des extra-terrestres ou l'annonce d'un désastre climatique.

       
     

    canard de bain jaune 5Canards de bain

     

      

        Comme les bushmen découvrant une bouteille de coca-cola dans "Les dieux sont tombés sur la tête", la rencontre d'un innocent petit canard en plastique et de personnes n'en ayant jamais vu est un bon pitch permettant de nombreuses variations sur les différences de culture.


     


     dieux-tombes-sur-la-tete-coca.jpgLes dieux sont tombés sur la tête


     

     

         Quand les aborigènes de Nova-Esperanza découvrent un canard en plastique abîmé, rescapé du naufrage de cargaisons de jouets de bois (1992), ils l'offrent à leurs idoles. S'ils trouvent des débris de plastique coloré, ils les incrustent dans les statues des ancêtres, persuadés de tenir là un objet magique.

     


    canard ombre 317L'ombre du canard

     

     

        Attendons la série, écrite par le scénariste de "In treatment",  pour connaître le destin des rubber ducks perdus (canards de bain en plastique jaune) dans les eaux glacées des régions polaires.

     

     

    Liens sur ce blog:

     Evolution du culte des ancêtres en Océanie, argile et débris de plastique

     Ressac des canards, une video pirate

     

     

     

     

     

     

     

    Palagret

    canard de bain - rubber duck

    octobre 2014

     

     

     

     

     

     
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  •  

       Dans un petit village des Cotswolds non loin de Cirencester, Aristide Sauveterre a fait une belle découverte. Ayant renoncé à trouver un canard de bain de la cargaison naufragée de 1992, il s'est mis en quête des canards en bois du Capitaine Cook. Pourquoi des canards? Chaque collectionneur a ses lubies. L'ethnologue Alix de la Liquière-Engueyrade lui avait raconté sa découverte de petits canards en bois utilisés dans les rituels de l'île de Nova-Esperanza, canards offerts, selon la légende par le Capitaine Cook (1). Aristide Sauveterre s'est dit que si l'explorateur anglais s'intéressait tant aux jouets en forme de canards, il devait en avoir conservé en Angleterre.

     

     

     

    canard Cook 6Jouet et bibelot en forme de canard, attribués au navigateur James Cook

     

     

       De retour de son voyage à la recherche de la mythique Terra Australis qu'il manqua de peu, le Capitaine Cook fut nommé à la tête du Greenwich Hospital où il emménagea avec sa famille. Quand il était à terre, le Capitaine écrivait le récit de ses voyages, peaufinait ses cartes mais, loin de l'océan, il s'ennuyait ferme. Il rendait alors souvent visite à une lointaine cousine passionnée d'ornithologie, à Shipston-on-Stour. Qu'il y ait eu un tendre lien entre les cousins, rien ne permet de l'affirmer mais Camilla était une jolie jeune fille, de 20 ans plus jeune que le Capitaine. Fille unique d'Alistair Wheech-Beecham, pasteur anglican, elle avait reçu une éducation plus poussée que celle des jeunes filles de son temps. Dès son plus jeune âge, à la suite de son père, Camilla parcourait les forêts et les champs pour étudier la faune et la flore et surtout les oiseaux. Elle consignait ses observations dans un petit carnet avec autant de soin que James Cook décrivait ses voyages dans les mers du Sud.

     

    canard Cook groupeJouets et bibelots en forme de canard

     

     

        Le Capitaine Cook retrouvait en Camilla la même passion qui le conduisait à explorer les terres inconnues. Si elle avait été un homme, James l'aurait certainement engagée comme assistante-naturaliste dans une de ses expéditions. Camilla en rêvait mais bien sûr l'époque l'interdisait. Pour se consoler, au lieu de faire de la broderie ou de jouer du piano en attendant un prétendant, Camilla sillonnait la campagne et ne rentrait qu'au soir couverte de poussière ou de boue. Quand le temps était trop mauvais, Camilla se réfugiait dans son atelier et fabriquait des petits canards en bois ou en plâtre qu'elle offrait aux enfants du village et certainement au Capitaine Cook.

     

     

    canard Cook métalboîtes à secret en étain incrustées de laiton en forme de canard

     

     

       Lors de son troisième et dernier voyage à la recherche du mythique passage du Nord-Ouest, James Cook débarqua à Hawaï en 1779. Bien accueillis au début, la tension monta entre les anglais et les Hawaïens. Une bagarre éclata sur la plage et James Cook, encerclé, fut massacré par les autochtones. L'Angleterre n'apprit qu'un an plus tard la mort tragique de son héros. Camilla Wheech-Beecham en fut bouleversée. Lors d'une visite à Elizabeth Cook, la veuve du navigateur, Camilla demanda si elle pouvait reprendre les petits canards de bois que collectionnait James Cook. Elle repartit avec une petite malle pleine, Elizabeth préférant se consacrer aux manuscrits de son époux.

     

     

     

    canard Cook 7Canard au bec rouge en bois peint

     

     

          A partir de ce jour, Camilla abandonna l'étude des oiseaux et ne quitta plus son atelier. Son père lui avait laissé une petite rente et elle se consacra dès lors à la sculpture de petits volatiles, une occupation que son entourage trouvait bizarre. Elle ne se maria jamais. A sa mort en 1801, sans héritier, les modestes biens de l'ornithologue amateur furent dispersés aux enchères. 213 ans plus tard, les canards de Camilla Wheech-Beecham et de James Cook sont apparus dans un vide-grenier rural (car boot sales) dans un petit village des Cotswolds où Aristide Sauveterre furetait à la recherche d'objets pour son cabinet de curiosités, de Winchcombe à Chipping Camden.

     

     

    canard Cook rocherCanard en bois peint

     

     

        A Chipton-under-Whychwood, sur la prairie communale, de nombreuses voitures au coffre ouvert offraient leurs lots de bibelots, de vêtements et de jouets usagés. Le collectionneur repéra une malle d'officier de marine en camphrier. Cabossé avec trois coins de cuivre manquant, les charnières désarticulées, le bagage ne valait plus grand-chose, même très ancien. Son contenu par contre fascina Aristide: une centaine de jouets et de bibelots défraîchis représentant des canards, uniquement des canards. Excité par une telle découverte, pressentant qu'il tenait là quelque chose de précieux, le collectionneur ne discuta pas le prix de 50 livres demandé par Norman, un jeune homme qui venait de vider le grenier de la maison familiale.

     

     

     

    canard Cook 9Canard boîte à secret multicolore trouvé dans la malle de Camilla

     

     

     

          Plus tard, en inventoriant la malle, Aristide Sauveterre découvrit sous les canards poussiéreux les carnets d'observations ornithologiques de Camilla qui confirmèrent son intuition. Il tenait là un vrai trésor. Le vendeur ne s'était pas donné la peine de lire les vieux manuscrits pourtant illustrés de délicats dessins d'oiseaux et de croquis de sculptures. La jeune fille y racontait ses explorations campagnardes et ses discussions savantes avec James Cook, le fameux navigateur cartographe. Les récits de Camilla, de 1760 à 1801, permettent de dater les objets et établissent la relation de Camilla avec son célèbre cousin.

     

     

     

    canard Cook salièreCanard-salière en porcelaine trouvé dans la malle de Camilla à Chipton-under-Whychwood

     

     

     

          Certains canards en bois et en plâtre sont très vieux et s'effritent; d'autres en forme de salière ou de terrines miniatures sont plus récents et proviennent de boutique de souvenirs exotiques. Aucun n'est signé Camilla Wheech-Beecham mais la jeune fille signait-elle ce qu'elle considérait comme des jouets? Aristide Sauveterre tient à garder tous les canards de la malle; il croit cependant que certains palmipèdes en bois, restaurés, ont bien été la propriété du fameux navigateur anglais.

     

     

     

    canard-Cook-dinosaure.jpgAffrontement du dinosaure et du canard, collection d'Aristide Sauveterre

     

     

     Les canards sont disséminés dans sa propriété à côté de ses fausses araignées géantes, de ses figurines Mc Donald's et de ses dinosaures en plastique (2). L'authenticité des collections d'Aristide n'est pas un problème. Dans la tradition des cabinets de curiosités (3), les pièces authentiques et les faux se mêlent; les pièces rares et les pièces fabriquées par milliers aussi. 

     

     

     

    canard Cook boisCanard de bois rouge du Capitaine Cook

     

     

         Seul le canard rouge en bois ressemble à celui qu'Alix a vu sur l'autel des ancêtres de Nova-Esperanza et c'est le seul qu'Aristide garde à l'intérieur de sa maison pour éviter qu'il ne se délite sous la pluie. Le fait de livrer une partie de ses trésors aux intempéries est contradictoire avec l'idée de collection mais le vieil homme aime voir l'action du temps qui métamorphose les objets. Déjà il ne reste plus rien des totems Bartoli (4). 

     

     

     

    Totem-Bartoli-de-lite-.jpgCe qui reste du Totem de Claude-Henri Bartoli, 25 ans plus tard

     

     

        Pour mettre à jour l'inventaire du cabinet de curiosité d'Aristide Sauveterre et garder une trace des objets voués à la disparition, le documentariste Bénédict Ravenol photographie les canards en bois du Capitaine James Cook, sans oublier la salière en porcelaine, les oiseaux en étain incrustés de laiton et les boîtes à secret décorées de couleurs vives fort peu réalistes. 

     

       Bénédict ne pense plus à son voyage manqué sur Pallas 21 et à la disparition du professeur Boncam il y a déjà sept ans (5). Depuis il est devenu un documentariste recherché. Sa dernière video sur la "Peyro Escrito d'Olargues" lui a valu plusieurs prix.

     

     

     

    Liens sur ce blog:

    *- donald duck à lille l'art du detournement

    1- Le culte des ancêtres en Océanie, argile, débris de plastique et canards en bois

    2- Les araignées géantes du cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre

    3- Le cabinet de curiosités de M. Aristide Sauveterre

    4- Claude-Henri Bartoli et la destruction des Totems

    5- Disparition de l'archéologue Pierre Epaminondas Boncam, en route pour Pallas 21? 

     

     

    Palagret

    Cabinet de curiosités

    juin 2014

     

     

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  •  

        Dans une vitrine ancienne, digne d'un cabinet de curiosités, sont exposés des coraux, des mollusques, des sceaux, une sélection hétéroclite de Mark Dion représentant le monde marin, végétal et humain des origines à nos jours.

     

     

    Mark Dion cabinet curiosités rarities mollusques BernardiArabesque rarities, Mark Dion, collège des Bernardins

     

     

          A côté du vivant, Mark Dion aligne des objets façonnés par l'homme, des outils, des boîtes, des statuettes, des sceaux et pour finir une chaîne, comme trouvés dans une fouille archéologique fantaisiste. Ici la nature et la culture se succèdent dans une pseudo-classification scientifique. Les artefacts sont en plasticine blanche, dépouillés de couleur, indistincts, comme des fossiles ou des moulages. Tel est "Arabesque rarities, the botanical world, the sea and the realm of humankind", présenté par Mark Dion sous diverses formes depuis 2010.

     

     

    Mark Dion cabinet curiosités rarities Bernardins 8Arabesque rarities, Mark Dion, collège des Bernardins

     

     

       Mark Dion s'intéresse à la collecte archéologique, à la classification, à la muséologie et à l'idéologie qui les constitue. La démarche scientifique le fascine et il la pastiche avec ironie en exposant des objets sans réelle valeur aux yeux des chercheurs. Il souligne ainsi que les musées racontent une histoire partiale, subjective.

     


     

    Mark Dion cabinet curiosités rarities Bernardins 5Arabesque rarities, Mark Dion, collège des Bernardins

     

     

       Dans l'exposition César, le Rhône pour mémoire à Arles en 2010, Mark Dion, dialoguant avec de vrais archéologues, présentait une reconstitution d'un département de recherche archéologique sous-marine. Tout y était, le bureau, les casiers, les outils, la réserve et bien sûr une vitrine contenant les précieuses découvertes remontées du fleuve.

     

     

    Mark Dion cabinet curiosités coca-cola ArlesCabinet de curiosités, Mark Dion, Arles

     

     

            Mark Dion s'est intéressé à ce qui est laissé par les chercheurs dans le lit du fleuve, de prosaïques objets contemporains. Le plasticien américain a lui-même plongé dans les eaux troubles du Rhône pour en ressortir un couvercle de casserole blanc qu'il expose mêlé à des bocaux de spécimens rares trouvés dans les réserves du musée.  Au lieu de n'entasser dans son cabinet de curiosités que des marbres romains et des débris d'amphores, Mark Dion y présentait ce qui ressort de fouilles alternatives: une plaque émaillée de coiffeur, des capsules de coca-cola, une roue, le tout aussi soigneusement cartographié, dessiné, répertorié et étiqueté qu'une délicate sculpture de déesse.

     

     

    Mark Dion cabinet curiosités ArlesCabinet de curiosités, Mark Dion, Arles

     

     

          A Monaco, pour l'exposition Océanomania, Mark Dion crée un vrai cabinet de curiosités marin avec des pièces venant exclusivement du musée. Immense, l'installation fait 180 m2, 18 mètres de large sur 10 mètres de haut. A gauche les traditionnelles naturaliae: squelettes, fossiles, bocaux de coquillages, gros poissons empaillés et un ours blanc du Groenland. A droite les artificialiae: maquettes de bateau, livres précieux, objets divers et le scaphandre de Klingert (1707). 

     


    Mark Dion cabinet curiosités Oceomania MonacoCabinet de curiosités, Mark Dion, Musée Océanographique de Monaco

     

        Il semble manquer à ce cabinet de curiosités monégasque des objets fantaisistes à l'authenticité douteuse qui caractérisent tout vrai cabinet de curiosités. Mais il faudrait y regarder de plus près car Mark Dion y a peut-être glissé des artefacts de son cru comme une cannette de soda calciné.

     

     

    Mark Dion Theatrum mundiTheatrum mundi, Mark Dion

     

     

           Les cabinets de curiosités de Mark Dion sont des theatrum mundi, des théâtres du monde, dans la droite ligne des chambres des merveilles de la Renaissance mais il les déconstruit avec humour. Le plasticien, à la fois chercheur, entomologue, naturaliste, artiste et curateur, interroge l'archéologie et la muséologie en créant des installations fictives où le réel et l'imaginaire se côtoient.

     

     

     

    Mark Dion Tate Thames DigTate Thames Dig, Mark Dion à l'oeuvre

     

     

       Déjà en 1992, Mark Dion creusait dans la jungle brésilienne (a meter of jungle), en 97 il explorait les canaux de Venise (Raiding Neptune’s Vault: A Voyage to the Bottom of the Canals and Lagoon of Venice), en 99 lui et ses assistants ratissaient les rives de la Tamise (Tate Thames Dig) ramassant des coquilles d'huîtres et des débris de plastique, en 2001 il creusait son propre jardin (New England Digs) et en 2004 le sous-sol du Museum of Modern Art de New-York (Rescue Archaeology). Toutes ces fouilles ont donné lieu à des expositions.

     

     

    Mark Dion Phantom of the Clark expeditionPhantoms of the Clark expedition, Mark Dion 2012

    The Sterling and Francine Clark Art Institute


           "Comme les os blanchis des expéditions passés" les objets recréés du voyage de Sterling Clark sont fantomatiques, tous blancs sans nuances ni textures comme les raretés arabesques vues au Collège des Bernardins.

     

     

    Mark Dion Clark expeditionPhantoms of the Clark expedition, Mark Dion 2012

    The Sterling and Francine Clark Art Institute, New-York

     

     

         Qu'il entreprenne des fouilles archéologiques ou documente les voyages d'un naturaliste (the Bartram project), d'un explorateur en Chine (Phantoms of the Clark expedition, 2012) ou le séjour de Sir William Hamilton à Naples (2013), Mark Dion, avec obstination et humour, poursuit le même but: interroger le monde et le sens que nous lui donnons. Les cabinets de curiosités illustrent l'illusion de posséder la totalité du monde en le collectionnant dans une quête sans fin vouée à l'échec.

     

     

    Mark Dion Musée chasse cabane SommerCabane Sommer, Mark Dion, Musée de la chasse, Paris

     

     

     

    Liens sur ce blog:

    Les faux Arcimboldo du cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre

    Le cabinet de curiosités de M. Aristide Sauveterre

    Anne et Patrick Poirier à Chaumont sur Loire, "Capella dans la clairière", archéologie fictive

     

     

    Mark Dion Phantom of the Clark expedition

     

     Video: installation du cabinet de curiosité de Mark Dion au Musée Océanographique de Monaco

     

     

     

    Palagret

    cabinet de curiosités

    mars 2013

     

     

     
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  •      
     
         Ce rhinocéros à narines cloisonnées, ainsi nommé à cause de la forte cloison osseuse du nez qui supporte une corne puissante, est plus communément appelé Rhinocéros laineux, pour le pelage épais qu'il portait. Il a vécu pendant les deux dernières glaciations, le Riss et le Würm, et a disparu avec le dernier retrait glaciaire, il y a environ 10 000 ans.
     


    rhinocéros laineux at Christie\'s.jpgRhinocéros laineux, Rhinocerus tichorinus
    Pléistocène supérieur, Ere quaternaire, Sibérie, Russie.
    410 cm. de long environ. Chez Christie's

        On découvre le rhinocéros dans les gisements fossiles du pléistocène avec les mammouths et l'ours des cavernes, dans les plaines gelées de Sibérie et toute l'Eurasie. Il est représenté sur les peintures rupestres de la grotte de Chauvet, découverte en 1990.
     

    Rhinocéros laineux grotte ChauvetRhinocéros laineux, Rhinocerus tichorinus
    Peinture préhistorique pariétale de la Grotte Chauvet
     


         Le premier spécimen de Rhinocéros laineux fut trouvé en Russie en 1771, sur la rivière Viloui, affluent de la Lena : des fragments de peau et les pattes avaient alors été envoyés à Catherine II pour le cabinet de curiosités de Pierre le Grand.
     

     
    rhinocéros laineux Pléistocène Christie's 2Rhinocéros laineux, Rhinocerus tichorinus
    Pléistocène supérieur, Ere quaternaire, Sibérie, Russie.
    410 cm. de long environ. Chez Christie's
     
     

         Le crâne du rhinocéros préhistorique est long, deux fortes cornes ornent son front. Les dents à fût haut et à l'émail recouvert d'une épaisse couche de ciment, indiquent qu'il était un mangeur de graminées. Son descendant actuel est le Rhinocéros de Sumatra avec ses deux cornes.
     


    rhinocéros laineux Pléistocène Christie's 1Rhinocéros laineux, Rhinocerus tichorinus
    Pléistocène supérieur, Ere quaternaire, Sibérie, Russie.
    410 cm. de long environ. Chez Christie's
     
     

          On peut considérer ce squelette autant comme une oeuvre d'art naturelle qu'un fossile. Ce type d'objet était d'ailleurs présent dans l'exposition surréaliste d'objets organisée en 1936 à la Galerie Charles Ratton à Paris. L'amoureux des arts redécouvre d'ailleurs avec lui tout l'esthétique de la profanation si cher aux surréalistes. Quant à la forme géométrique du rhinocéros, elle aura constamment influencé le surréaliste Salvador Dali dans ses oeuvres. Le Maître était d'ailleurs fasciné par cet animal et sa corne, symbole de puissance, de croyances mystiques et aphrodisiaques et lui découvrit par ailleurs des vertus de proportion divine.

     
     

    Rhinoceros-Durer.jpgRhinocérus
    Gravure sur bois d'Albrecht Dürer, 1515

     
     

        Avant Dali, Albrecht Dürer, Ambroise Paré, Sébastien Münster pour la Cosmographie, Conrad Gessner pour son Livre sur les animaux ont représenté cet étrange animal dont  dont le nom signifie Corne sur le nez. Henri II roi de France le choisit pour illustrer son entrée dans Paris sous la forme monumentale d'un rhinocéros surmonté d'un obélisque et écrasant un lion. Alexandre de Médicis, lui, s'en tînt à le faire figurer sur ses armes héraldiques. Louis XV lui aussi succomba et Jean Baptiste Oudry, son peintre animalier, dut en réaliser un portrait monumental.
     
     


    rhinocéros Orsay statue"Le Rhinocéros" d'Henri Alfred Jacquemart, parvis du Musée d'Orsay
    Fonte de fer de J. Voruz ainé, autrefois doré
    Commandé pour l'exposition universelle de 1878
    Appartenait au décor des Jardins du premier Palais du Trocadéro

     
     
         Au XIXème siècle et XXème siècle, Henri Alfred Jacquemart réalise "un bronze visible désormais sur le parvis du Musée d'Orsay et Auguste Caïn le groupe "Rhinocéros attaqué par des tigres" trônant dans le Jardin des Tuileries.
     

    Rhinoceros-Niki-de-ST-Phalle.jpgRhinocéros de NIki de Saint-Phalle
     

         Le squelette fossile de Rhinocéros laineux, estimé entre 55 000 et 65 000€ a été adjugé 120 000€ chez Christie's en avril 2007. Les cornes du rhinocéros étaient des répliques en résine et non les cornes originales.
          Un squelette similaire est exposé à Paris dans la Galerie de Paléontologie du Museum national d'Histoire naturelle, découvert par Teilhard de Chardin (1881-1955) à Spera-Osso-Gol en Chine.
     


    Palagret
    Cabinet de curiosités


    Source:
    Thevenin, R., La Faune disparue de France, depuis les origines jusqu'à nos jours, Paris, 1943.
    Dossier de presse Christie's avril 2007
     
     
     
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        Chevaux, éléphants, vaches de terres cuites, tout un bestiaire naïf peint de couleurs vives s'aligne des deux côtés d'une allée sablonneuse. Nous sommes à Namana Samudram, le sanctuaire d'Ayyanar. Le sanctuaire du dieu protecteur des communautés rurales est toujours à la lisière du village, souvent dans un bois sacré. 
     

     

    sanctuaire d'Ayyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu
    vache décorée de fleurs


     
        Beaucoup d'animaux votifs sont décapités ou ont la tête fracassée. On voit que les statues d'argile sont creuses. Ces détériorations ne sont pas dû au vandalisme. Les singes, sacrés eux-aussi, bondissent et se chamaillent au milieu des terres cuites. Ils les cassent et les font tomber.
     
     

     

    sanctuaire d'Ayyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu
    Tête de cheval cassé


     
     La sécheresse craquèle la terre cuite et la mousson délave les couleurs; l'argile gris apparaît quand la peinture s'écaille. Les statues trop détériorées sont mises à l'écart où elles se désintègrent lentement. Elles sont éphémères. Leur détérioration fait partie du cycle de la vie.
     
     

     

    Allée du sanctuaire d'Ayyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu

     
     
     
         Encadrés d'animaux plus ou moins entiers, l'allée de sable conduit à un cheval plus grand que nature et à des éléphants peints  tenant un lotus dans leur trompe. De petits personnages colorés, Ayyanar et ses 21 déités secondaires, sont modelés  autour du pachyderme. Il n'y a pas ici de grande statue d'Ayyanar mais seulement la représentation des animaux qui lui sont associés.
     
     
     

    sanctuaire d'Ayyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu
    Eléphant et dieux secondaires

     

     
        L'entretien du bois sacré est confié à une famille ou à la collectivité. C'est un droit héréditaire. Un prêtre et quelques mendiants gardent le sanctuaire. Un festival y a lieu chaque année avec chants rituels, danses et statuettes votives. On remplace alors les animaux trop abimés.
     
        Dans le bois sacré il est interdit d'abattre un arbre ou de ramasser du bois. Cela provoquerait la colère du dieu local qui, par représailles, anéantirait les récoltes dont la vie du village dépend.
     

     

    sanctuaire d'Ayyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu
    alignement de terre cuites et éléphant

     

     
        Avec la modernisation et l'urbanisation de l'Inde d'aujourd'hui, les bois sacrés sont menacés. L'observation des rites déclinent alors que les croyances coutumières sont considérées comme de simples superstitions. Les bois sont parfois encerclés de maisons et l'enceinte est de moins en moins respectée.
     
     

     

    sanctuaire d'Ayyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu
    cheval et vache en terre cuite

     

      
      Le culte d'Ayyanar, par contre, est de plus en plus populaire. Ce dieu local, qui n'appartient pas au grand panthéon hindouiste, se confond parfois avec Aiyappan au Kérala. On le retrouve au Sri Lanka, à la Réunion et partout dans le monde où il y a des communautés tamouls.
     
     

     

    sanctuaire d'Ayyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu
    offrandes


     
    Liens sur ce blog:
     
     
     
     
     
    Texte et photos:
    Catherine-Alice Palagret
    septembre 2008
     
    -----------------------


    Sources:
    1-
    Ayyanar and Aiyappan in Tamil Nadu :
    Change and Continuity in South Indian Hinduism


    2- L’ethnographie contre l’idéologie
    Le cas de l’hindouisme, Robert Deliège
     
     
     
    Mots clés: Ayyanar, Aiyanar, Namana Samudram, Tamil Nadu, terra cotta, velar, potier, sanctuaire, culte, hindou, poterie votive
     
     
     
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        Chevaux, éléphants, vaches de terres cuites, tout un bestiaire naïf peint de couleurs vives s'aligne des deux côtés d'une allée sablonneuse. Nous sommes à Namana Samudram, le sanctuaire d'Ayyanar. Le sanctuaire du dieu protecteur des communautés rurales est toujours à la lisière du village, souvent dans un bois sacré. 
     

     

    sanctuaire d'Ayyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu
    vache décorée de fleurs


     
        Beaucoup d'animaux votifs sont décapités ou ont la tête fracassée. On voit que les statues d'argile sont creuses. Ces détériorations ne sont pas dû au vandalisme. Les singes, sacrés eux-aussi, bondissent et se chamaillent au milieu des terres cuites. Ils les cassent et les font tomber.
     
     

     

    sanctuaire d'Ayyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu
    Tête de cheval cassé


     
     La sécheresse craquèle la terre cuite et la mousson délave les couleurs; l'argile gris apparaît quand la peinture s'écaille. Les statues trop détériorées sont mises à l'écart où elles se désintègrent lentement. Elles sont éphémères. Leur détérioration fait partie du cycle de la vie.
     
     

     

    Allée du sanctuaire d'Ayyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu

     
     
     
         Encadrés d'animaux plus ou moins entiers, l'allée de sable conduit à un cheval plus grand que nature et à des éléphants peints  tenant un lotus dans leur trompe. De petits personnages colorés, Ayyanar et ses 21 déités secondaires, sont modelés  autour du pachyderme. Il n'y a pas ici de grande statue d'Ayyanar mais seulement la représentation des animaux qui lui sont associés.
     
     
     

    sanctuaire d'Ayyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu
    Eléphant et dieux secondaires

     

     
        L'entretien du bois sacré est confié à une famille ou à la collectivité. C'est un droit héréditaire. Un prêtre et quelques mendiants gardent le sanctuaire. Un festival y a lieu chaque année avec chants rituels, danses et statuettes votives. On remplace alors les animaux trop abimés.
     
        Dans le bois sacré il est interdit d'abattre un arbre ou de ramasser du bois. Cela provoquerait la colère du dieu local qui, par représailles, anéantirait les récoltes dont la vie du village dépend.
     

     

    sanctuaire d'Ayyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu
    alignement de terre cuites et éléphant

     

     
        Avec la modernisation et l'urbanisation de l'Inde d'aujourd'hui, les bois sacrés sont menacés. L'observation des rites déclinent alors que les croyances coutumières sont considérées comme de simples superstitions. Les bois sont parfois encerclés de maisons et l'enceinte est de moins en moins respectée.
     
     

     

    sanctuaire d'Ayyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu
    cheval et vache en terre cuite

     

      
      Le culte d'Ayyanar, par contre, est de plus en plus populaire. Ce dieu local, qui n'appartient pas au grand panthéon hindouiste, se confond parfois avec Aiyappan au Kérala. On le retrouve au Sri Lanka, à la Réunion et partout dans le monde où il y a des communautés tamouls.
     
     

     

    sanctuaire d'Ayyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu
    offrandes


     
    Liens sur ce blog:
     
     
     
     
     
    Texte et photos:
    Catherine-Alice Palagret
    septembre 2008
     
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    Sources:
    1-
    Ayyanar and Aiyappan in Tamil Nadu :
    Change and Continuity in South Indian Hinduism


    2- L’ethnographie contre l’idéologie
    Le cas de l’hindouisme, Robert Deliège
     
     
     
    Mots clés: Ayyanar, Aiyanar, Namana Samudram, Tamil Nadu, terra cotta, velar, potier, sanctuaire, culte, hindou, poterie votive
     
     
     
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  • Ayyanar combat les esprits maléfiques


         Un féroce cavalier sur un cheval blanc, semble menacer le passant de son sabre ou de son fouet. Il s'agit du dieu Ayyanar (ou Aiyanar, Ayanar, Aiyanaar), le gardien des villages, ou de son second Karuppaswami. Ses traits grimaçants témoignent de sa puissance surnaturelle. Comme un acteur de Kathakali, le dieu surjoue la colère et le courage, roulant des yeux farouches pour repousser les esprits maléfiques qui menacent les paisibles villages du Tamil Nadu en Inde.
     
     
     
     
     
    Ayyanar ou Karuppaswami, dieu tamoul, gardien des villages


     
     
       Les statues d'Ayyanar, souvent monumentales, sont soigneusement peintes de couleurs vives comme toutes celles des dieux hindous. Le style appliqué n'est pas sans rappeler l'académique imagerie saint-sulpicienne, en plus exotique. Le doux visage du Christ et ses gestes apaisants laisse la place à des gesticulations guerrières. L'âne, le boeuf et l'agneau sont remplacés par l'éléphant, la vache et le cheval. La mièvrerie européenne et l'expressionisme indien se retrouvent dans la même célébration, involontaire, du kitsch
     
     


    Aiyanar ou Karuppaswami, dieu tamoul, gardien des villages
    enceinte rayée de rouge et blanc
     
     
     
     
     
         Le culte d'Ayyanar, très populaire, est partout présent en Inde du Sud, au Tamil Nadu. Bien que né de l'union de Shiva et de Vishnou, sous l'apparence féminine de Mohini, Aiyanar n'appartient pas au panthéon hindou, c'est un dieu local. Aiyanar protège les villageois des esprits mauvais, des inondations et des sècheresses qui menacent les communautés agricoles. Il garde le réservoir, essentiel à la survie du village.
     
     
     
     
     
    Karuppaswami, armé d'un sabre, combat le mal aux côtés d'Aiyanar
     
     
     
     
     
         Ce dieu guerrier est toujours escorté de Karuppaswami son lieutenant armé d'un sabre, de 21 déités de moindre importance et d'une multitude de serviteurs. Il est parfois malaisé d'identifier tous ces dieux et demi-dieux et les indiens rencontrés sur place donnent parfois des informations contradictoires mais tous s'accordent sur la puissance protectrice d'Aiyanar. La nuit, Aiyanar et son armée veillent. Ils galopent tout autour du village et repoussent les esprits du mal dans un combat sans fin. Yallee, celui qui voit dans toute les directions et dans le futur, les guident.
     
     
     
     
    Ayyanar, Karuppaswami et les 21 dieux secondaires
    représentés autour du cheval blanc


     
        Pour résoudre leurs problèmes quotidiens, les villageois consultent un kodangi qui communique avec les dieux. Il ne s'adresse pas directement à Aiyanar, il est trop puissant, mais à son second Karuppaswami. Le kodangi, possédé par ce dieu secondaire entre en transe puis, comme un oracle, transmet aux villageois quelles offrandes ils doivent apporter aux dieux pour obtenir santé, richesse et paix spirituelle.
     
     
     
     
     
    Eléphants et poupées,
    offrandes en terre cuite pour Aiyanar, le dieu des villageois
     
     
     
     
        Les temples et les sanctuaires d'Aiyanar sont toujours à l'extérieur des villages, près d'un bois sacré. L'enceinte du temple est souvent décoré de rayures rouges et blanches qui signifient la limite entre le sacré et le profane. Les prêtres qui y officient sont de la caste des potiers, Velar, et non des brahmanes. Leur charge est héréditaire. Avec de l'argile, les potiers modèlent les grandes statues de chevaux, d'éléphants et de dieux qu'on voit à l'entrée ou dans l'enceinte du temple. Certaines effigies ont plus de cent ans.
     
     
     
     
     
    Groupe de statues: Aiyanar, l'éléphant et le cheval
     
     
     
     
        Le prêtre-potier fabriquent aussi les statuettes votives en forme d'éléphants, de vaches, de chevaux ou de poupées pour le festival d'Aiyainar. Au printemps, une procession de fidèles apportent les offrandes de terre cuite au temple ou au sanctuaire. Honorer un des 21 dieux revient à honorer Ayyainar. lui-même car il est le chef. 
     
     
     
     
     
    sanctuaire d'Aiyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu
    Allée bordée de statues d'animaux en terre cuite
     
     
     
     
     
        Les 21 dieux reflètent la hiérarchie sociale du village. Les dieux des castes supérieures sont végétariens et ceux des castes inférieures sont non végétariens. Bien que les sacrifices d'animaux soient interdits il y a parfois des sacrifices de chèvres ou de coq.
     
     
     

    Tête de cheval, sanctuaire d'Aiyanar à Namana Samudram au Tamil Nadu

       


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     Palagret
    Textes et photos
    octobre 2008
     

    Sources:
    1-
    Aiyanar and Aiyappan in Tamil Nadu :
    Change and Continuity in South Indian Hinduism


    2- L’ethnographie contre l’idéologie
    Le cas de l’hindouisme    Robert Deliège


    3 - Terra Cotta sculptures of India by Ron du Bois




     

     

     
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