• Niki de Saint-Phalle, de grotesques mères dévorantes au Grand Palais

     

        Les mères dévorantes de Niki de Saint-Phalle succèdent aux Mariées, aux Accouchées et aux Nanas. Exposées dans un écrin rouge, elles semblent, à première vue, innocentes. En y regardant de plus près, on s'aperçoit que les respectables dames prenant le thé chez Angelina dégustent non des gâteaux mais un bébé humain désarticulé et un bébé crocodile.

     

     

    Niki de Saint-Phalle méres dévorantes Thé Angelina 70817 

    Le thé chez Angelina, polyester peint, 1971,

    Niki de Saint-Phalle, Grand Palais

     

     

          Corps lourd de matrone et collier de perles, ces respectables dames sont des mères cannibales étouffant leurs propres enfants. Grotesques et terrifiantes à la fois, elles illustrent l'ambivalence des sentiments de Niki envers sa famille, une famille bourgeoise très stricte ... en apparence, avec un père incestueux et une mère colérique peut-être complice.

     

     

    Niki de Saint-Phalle méres dévorantes Thé Angelina 70816 

    Le thé chez Angelina, polyester peint, 1971,

    Niki de Saint-Phalle, Grand Palais

     

     

        "Lorsque je fis la série de sculptures que j'appelai "Les mères dévorantes", Maman m'interrogea: "Chérie, j'espère que ce n'est pas moi?" Je lui répondis par un mensonge: "Oh non pas du tout." Puis je commençai à réfléchir: nous sommes toutes des mères dévorantes. Maman m'a dévorée et moi à mon tour je dévore mes enfants."

     

     

    Niki de Saint-Phalle méres dévorantes La Toilette 70825 

    La Toilette, papier collé peint et objets divers, Niki de Saint-Phalle, 1978

     

     


        La Toilette (1978) représente la mère haïe et à la fois chérie. " Je ne voulais pas totalement rejeter ma mère. J'ai gardé d'elle certaines choses précises qui m'ont procuré beaucoup de plaisir - mon amour des vêtements, de la mode, des chapeaux, des déguisement , des miroirs (...) Toutes ces choses, je les ai reçues en partage et elles m'ont aidé a rester en contact avec ma féminité. Ma mère, cette merveilleuse créature dont j'étais un peu amoureuse (quand je n'avais pas envie de la tuer) je la voyais comme prisonnière d'un rôle imposé. Un rôle qui se transmettait de génération en génération selon une tradition jamais remise en question."

     

       Le thème de la femme à sa toilette a donné lieu à beaucoup de tableaux sensuels célébrant la féminité. Dans la sculpture de Niki de Saint-Phalle, la femme aux bigoudis est caricaturale. Son visage blafard ressemble à une tête de mort: orbites rondes nez triangulaire, bouche rouge. Sur la table de toilette, au milieu des plumes, des fleurs et des bijoux, un crâne miniature et une poupée démembrée. La scène est une vanité; elle représente la vanité de la femme qui se maquille pour plaire. Mais c'est aussi une vanité au sens classique, un memento mori. La beauté et la jeunesse sont éphémères. La mort rôde.

     

     

    Niki de Saint-Phalle méres dévorantes La Toilette 70826 

    La Toilette, papier collé peint et objets divers, Niki de Saint-Phalle, 1978

     

     

        "Vous étiez très belle, ma mère. Votre beauté et votre charme (quand vous vouliez bien vous en servir) étaient magiques. Vous auriez pu être une grande actrice, ma mère. Comme vous étiez théâtrale!"

     

     

     

    Niki de Saint-Phalle méres dévorantes La Toilette 70827 

    La Toilette, papier collé peint et objets divers, Niki de Saint-Phalle, 1978

    memento mori


     

     

         "Enfant je ne pouvais pas m'identifier à ma mère, à ma grand-mère, à mes tantes ou aux amies de ma mère. Un petit groupe plutôt malheureux. Notre maison était étouffante. Un espace renfermé avec peu de liberté, peu d'intimité. Je ne voulais pas devenir comme elles, les gardiennes du foyer, je voulais le monde et le monde alors appartenait aux HOMMES. Une femme pouvait être reine mais dans sa ruche et c'était tout. Les rôles attribués aux hommes et aux femmes étaient soumis à des règles très strictes de part et d'autre." 2

     

     

     

    Niki de Saint-Phalle méres dévorantes Promenade -copie-1 

    La promenade du dimanche, polyester peint, Niki de Saint-Phalle 1989

     

     

        La banale promenade du dimanche est la scène la plus grinçante. Maman et Papa, petits bourgeois mornes, ont l'air bien inoffensif. Pourtant le père tient en laisse l'enfant chérie, une grosse araignée noire, une enfant dangereuse mais dominée, prisonnière et aimée ... d'une certaine façon. Scène grotesque et terrifiante une fois encore.

     

      Louise Bourgeois voyait dans la famille un milieu mortifère où régnait un père haï. L'araignée représentait la mère soumise et industrieuse. Pour Niki de Saint-Phalle, l'araignée symbolise la souffrance de l'enfant abusée et pourtant fièrement exhibée. On pense à la nouvelle de Richard Matheson "Journal d'un monstre": un enfant mutant rejeté par ses parents y raconte sa haine et son désespoir d'être différent. Niki de Saint-Phalle s'est voulue différente, elle a refusé de se laisser écraser par un milieu bourgeois et des parents dévorants.

     

     

     

    Niki de Saint-Phalle méres dévorantes Promenade du Dimanc 

    La promenade du dimanche, polyester peint, Niki de Saint-Phalle 1989

     

     

     

    Niki de Saint-Phalle

    Grand Palais de Paris

    du 17 septembre 2014 au 2 février 2015

     

     

     

     

    Liens sur ce blog:

    *- Niki-de-saint-phalle-la-cabeza-une-tete-de-mort-creuse-ou-se-reposer

    * Niki de Saint-Phalle, arbre de vie, fontaine au serpents au Grand Palais, Paris

    * - Niki de Saint-Phalle, Tinguely et Jef Aerosol à la fontaine Stravinski, vidéo

     * Street-art et vandalisme devant la fontaine Stravisky

     Jef Aérosol, Tinguely et Niki de Saint Phalle à la fontaine Stravinski à Beaubourg

    * L'araignée géante de Louise Bourgeois aux Tuileries

     

     

    Palagret

    art contemporain et féminisme

    janvier 2015

     

    Sources:

    Dossier de presse

    1- Lettre de Niki à sa mère

    2 - lettre à Pontus Hulten, 1991

     

     

     

    « Maman, l'araignée de Louise Bourgeois, un monstre dans les jardins des TuileriesLucien Suel, caviardage de mots, poème express »
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