• Arcimboldo, les quatre éléments, portraits composés

     

         Les Quatre saisons et les Quatre éléments, deux séries de têtes composées d'Arcimboldo, se répondent. Dans un poème  accompagnant les tableaux offerts à Maximilien II de Habsbourg, le milanais Giovanni Battista Fonteo écrit:
     

        « L'Eté est chaud et sec comme le Feu. L'Hiver est froid et humide comme l'Eau. L'Air et le Printemps sont tous deux chauds et humides et l'Automne et la Terre sont tous deux froids et sec.»



    Arcimboldo-elements-terre-1.jpgDétail de l'allégorie de la Terre, Arcimboldo, vers 1570

    Huile sur toile 70,2 X 48,7 cm, collection particulière
     
     
     
     
       Pour Giovanni Battista Fonteo et Arcimboldo, l'Hiver et l'Eau sont liés. Proserpine est en effet la déesse de l'Hiver lorsqu'elle passe six mois sous-terre aux Enfers; elle est aussi l'épouse de Neptune, le dieu de l'Eau. L'Air du Printemps souffle sur les bourgeons pour qu'ils éclosent et l'Eté et le Feu se nourrissent du soleil flamboyant. Selon la théorie des éléments en vogue au XVIè siècle, le monde était constitué de quatre éléments, l'année était partagée en quatre saisons et l'homme en quatre humeurs.
     
     
       Comme dans les Saisons, deux personnages des Eléments sont tournés vers la droite et deux vers la gauche; vu de profil comme sur une pièce de monnaie, la bouche entrouverte, ils conversent. Les saisons présentent des visages séduisants mais les visages des éléments sont plus bizarres, presque morbides. L'air et le feu sont peints dans des teintes chaudes. La terre et l'eau ont des teintes plus froides.
     
     


    Arcimboldo éléments air 2Allégorie de l'Air, Arcimboldo, vers 1580
    Huile sur toile74 X 55,5 cm, collection particulière
     
     

        L'allégorie de l'Air d'Arcimboldo est composée d'une accumulation d'oiseaux, messagers du ciel. Le nez est un dindon, l'œil est un canard qui tient un poisson dans son bec représentant la pupille; la queue d'un faisan dessine le menton et une barbiche. Un hibou et un perroquet forment le cou. Un paon aux plumes déployées forme le buste. A côté se trouve un aigle. Le paon symbolise l'orgueil et l'aigle la puissance et la victoire au combat. Ils font partie des armoiries des Habsbourg. La chouette nichée dans la chevelure symbolise le savoir, le coq défend son territoire avec courage. Tout chante la gloire du souverain.
     
     
     

    Le feu de la série "les quatre éléments", huile sur toile d'Arcimboldo
    1566, 66,5 x 51 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne
     
     
     

        L'Air regarde le Feu. Son nez est un briquet surmonté d'une mèche d'amadou qui figure le front plissé, l'œil est une bougie éteinte, la moustache est faite d'allumettes. Une bougie embrase la chevelure faite de tisons rougeoyants et de flammes. Le buste est composé d'un canon, d'un pistolet et d'un mortier. Tout parle du feu destructeur, le feu de la guerre à une époque où Maximilien combattait Soliman le Magnifique. L'allégorie du Feu porte le collier de la Toison d'or. Il témoigne de la puissance militaire de Maximilien II. Les allégories ont d'abord une signification politique.
     
     
     
    Arcimboldo-elements-terre-2.jpgAllégorie de La Terre, Arcimboldo, vers 1570
    Huile sur toile, 70,2 X 48,7 cm, collection particulière
     
     
     

         L'allégorie de la  Terre d'Arcimboldo est composée d'animaux exotiques comme l'éléphant, le tigre, le singe, le rhinocéros mais aussi d'animaux européens comme le daim, le cerf, le chamois, le lièvre ou le renard.

       La chevelure de la Terre est composée d'animaux à cornes. Une tête d'éléphant forme la joue et son oreille l'oreille. Un loup forme le nez et sa gueule ouverte l'œil. Le buste est fait de deux trophées, une peau de lion et une peau de bélier. La peau de bélier est bien entendu la Toison d'Or. La peau de lion symbolise le royaume de Bohème mais aussi le lion de Némée vaincu par Hercule dont les Habsbourg prétendaient descendre. Le portrait composé est un éloge du souverain. Maximilien possède toutes les qualités qu'incarnent les animaux: la subtilité du renard, la témérité du lièvre, la pudeur de l'éléphant, la puissance du lion.

        "Toutes ces bêtes, Arcimboldo les a peintes d'après nature, car l'Empereur les faisait venir vivantes pour lui et en faisait prendre grand soin. Jugez de son habilité; il y a de quoi en être stupéfait." écrivait  Gregorio Comanini 1. Maximilien possédait en effet un zoo d'animaux exotiques.
     
     
     
     
     
    L'Eau, de la série "les quatre éléments", huile sur toile d'Arcimboldo
    1566, 66,5 x 51 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne
     
     
     

         L'allégorie de la Terre regarde l'Eau. Arcimboldo a composé son visage de poissons, de crustacés, de reptiles et de corail. Un requin aux dents acérées représente la bouche. La joue est une raie et un coquillage exotique figure l'oreille où est accrochée une perle. La tête est orné de corail rouge, une amulette qui protège du danger. Les carapaces du crabe et de la tortue forment une armure. Un collier de perles blanches et une boucle d'oreille atténuent la brutalité du tableau et rappelle la richesse de l'empereur. L'accumulation de poissons et d'animaux morts, entassés, crée un malaise accentué par les teintes froides, (gris brun noir).
     
     
     
     
    Arcimboldo élement Eau collierL'eau de Guiseppe Arcimboldo, poisson, collier de perle et tortue
     
     
     
     
       Arcimboldo peignit de nombreuses têtes composées: les Quatre Saisons, les Quatre Eléments, les portraits du Bibliothécaire, du Cuisinier ou du Juriste etc. Ces compositions curieuses,  grotesques, parfois dérangeantes mais toujours séduisantes faisaient la joie de la cour impériale de Vienne.

       Les portraits de Guiseppe Arcimboldo illustrent parfaitement la théorie de la Gestalt. En effet nous percevons une forme globale avant de percevoir les détails qui la composent. Nous percevons d'abord l'Eté ou l'Eau comme des visages et non comme une juxtaposition de détail. 
     
        Ainsi, les quatre saisons ou les quatre éléments se lisent à au moins deux niveaux; de près on distingue les objets peints avec une grande précision naturaliste, de loin on voit le visage, souvent un portrait que les courtisans reconnaissaient sans peine. De plus, certains tableaux peuvent se lire à l'endroit et à l'envers (le cuisinier).
     
         Le troisième niveau de lecture est symbolique. Chaque fruit, fleur, animal ou objet a une  signification précise. Chaque élément symbolise une vertu et la proximité de deux éléments peut créer un nouveau sens. Dans un monde en plein changement, il faut aller au-delà des apparences.

              Les tableaux sont des rébus, des jeux intellectuels. Beaucoup de subtilités symboliques des têtes composées d'Arcimboldo sont aujourd'hui indéchiffrables mais la virtuosité du peintre maniériste et l'étrangeté de ses compositions nous fascinent toujours.
     
     
     
     
     
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    Palagret
    art, illusion et trompe-l'oeil
    mars 2010
     

     
    Sources:
    1- in Gregorio Comanini, Il figino ovvero del fine della pittura, 1591
    2- Catalogue de l'exposition "Arcimboldo" au Musée du Luxembourg, du 15 septembre 2007 au 13 janvier 2008

     

     
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