•  

        Les mères dévorantes de Niki de Saint-Phalle succèdent aux Mariées, aux Accouchées et aux Nanas. Exposées dans un écrin rouge, elles semblent, à première vue, innocentes. En y regardant de plus près, on s'aperçoit que les respectables dames prenant le thé chez Angelina dégustent non des gâteaux mais un bébé humain désarticulé et un bébé crocodile.

     

     

    Niki de Saint-Phalle méres dévorantes Thé Angelina 70817 

    Le thé chez Angelina, polyester peint, 1971,

    Niki de Saint-Phalle, Grand Palais

     

     

          Corps lourd de matrone et collier de perles, ces respectables dames sont des mères cannibales étouffant leurs propres enfants. Grotesques et terrifiantes à la fois, elles illustrent l'ambivalence des sentiments de Niki envers sa famille, une famille bourgeoise très stricte ... en apparence, avec un père incestueux et une mère colérique peut-être complice.

     

     

    Niki de Saint-Phalle méres dévorantes Thé Angelina 70816 

    Le thé chez Angelina, polyester peint, 1971,

    Niki de Saint-Phalle, Grand Palais

     

     

        "Lorsque je fis la série de sculptures que j'appelai "Les mères dévorantes", Maman m'interrogea: "Chérie, j'espère que ce n'est pas moi?" Je lui répondis par un mensonge: "Oh non pas du tout." Puis je commençai à réfléchir: nous sommes toutes des mères dévorantes. Maman m'a dévorée et moi à mon tour je dévore mes enfants."

     

     

    Niki de Saint-Phalle méres dévorantes La Toilette 70825 

    La Toilette, papier collé peint et objets divers, Niki de Saint-Phalle, 1978

     

     


        La Toilette (1978) représente la mère haïe et à la fois chérie. " Je ne voulais pas totalement rejeter ma mère. J'ai gardé d'elle certaines choses précises qui m'ont procuré beaucoup de plaisir - mon amour des vêtements, de la mode, des chapeaux, des déguisement , des miroirs (...) Toutes ces choses, je les ai reçues en partage et elles m'ont aidé a rester en contact avec ma féminité. Ma mère, cette merveilleuse créature dont j'étais un peu amoureuse (quand je n'avais pas envie de la tuer) je la voyais comme prisonnière d'un rôle imposé. Un rôle qui se transmettait de génération en génération selon une tradition jamais remise en question."

     

       Le thème de la femme à sa toilette a donné lieu à beaucoup de tableaux sensuels célébrant la féminité. Dans la sculpture de Niki de Saint-Phalle, la femme aux bigoudis est caricaturale. Son visage blafard ressemble à une tête de mort: orbites rondes nez triangulaire, bouche rouge. Sur la table de toilette, au milieu des plumes, des fleurs et des bijoux, un crâne miniature et une poupée démembrée. La scène est une vanité; elle représente la vanité de la femme qui se maquille pour plaire. Mais c'est aussi une vanité au sens classique, un memento mori. La beauté et la jeunesse sont éphémères. La mort rôde.

     

     

    Niki de Saint-Phalle méres dévorantes La Toilette 70826 

    La Toilette, papier collé peint et objets divers, Niki de Saint-Phalle, 1978

     

     

        "Vous étiez très belle, ma mère. Votre beauté et votre charme (quand vous vouliez bien vous en servir) étaient magiques. Vous auriez pu être une grande actrice, ma mère. Comme vous étiez théâtrale!"

     

     

     

    Niki de Saint-Phalle méres dévorantes La Toilette 70827 

    La Toilette, papier collé peint et objets divers, Niki de Saint-Phalle, 1978

    memento mori


     

     

         "Enfant je ne pouvais pas m'identifier à ma mère, à ma grand-mère, à mes tantes ou aux amies de ma mère. Un petit groupe plutôt malheureux. Notre maison était étouffante. Un espace renfermé avec peu de liberté, peu d'intimité. Je ne voulais pas devenir comme elles, les gardiennes du foyer, je voulais le monde et le monde alors appartenait aux HOMMES. Une femme pouvait être reine mais dans sa ruche et c'était tout. Les rôles attribués aux hommes et aux femmes étaient soumis à des règles très strictes de part et d'autre." 2

     

     

     

    Niki de Saint-Phalle méres dévorantes Promenade -copie-1 

    La promenade du dimanche, polyester peint, Niki de Saint-Phalle 1989

     

     

        La banale promenade du dimanche est la scène la plus grinçante. Maman et Papa, petits bourgeois mornes, ont l'air bien inoffensif. Pourtant le père tient en laisse l'enfant chérie, une grosse araignée noire, une enfant dangereuse mais dominée, prisonnière et aimée ... d'une certaine façon. Scène grotesque et terrifiante une fois encore.

     

      Louise Bourgeois voyait dans la famille un milieu mortifère où régnait un père haï. L'araignée représentait la mère soumise et industrieuse. Pour Niki de Saint-Phalle, l'araignée symbolise la souffrance de l'enfant abusée et pourtant fièrement exhibée. On pense à la nouvelle de Richard Matheson "Journal d'un monstre": un enfant mutant rejeté par ses parents y raconte sa haine et son désespoir d'être différent. Niki de Saint-Phalle s'est voulue différente, elle a refusé de se laisser écraser par un milieu bourgeois et des parents dévorants.

     

     

     

    Niki de Saint-Phalle méres dévorantes Promenade du Dimanc 

    La promenade du dimanche, polyester peint, Niki de Saint-Phalle 1989

     

     

     

    Niki de Saint-Phalle

    Grand Palais de Paris

    du 17 septembre 2014 au 2 février 2015

     

     

     

     

    Liens sur ce blog:

    *- Niki-de-saint-phalle-la-cabeza-une-tete-de-mort-creuse-ou-se-reposer

    * Niki de Saint-Phalle, arbre de vie, fontaine au serpents au Grand Palais, Paris

    * - Niki de Saint-Phalle, Tinguely et Jef Aerosol à la fontaine Stravinski, vidéo

     * Street-art et vandalisme devant la fontaine Stravisky

     Jef Aérosol, Tinguely et Niki de Saint Phalle à la fontaine Stravinski à Beaubourg

    * L'araignée géante de Louise Bourgeois aux Tuileries

     

     

    Palagret

    art contemporain et féminisme

    janvier 2015

     

    Sources:

    Dossier de presse

    1- Lettre de Niki à sa mère

    2 - lettre à Pontus Hulten, 1991

     

     

     

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    “Mes dessins n'essayent pas d'imiter la vie; ils essaient de créer la vie, d'inventer la vie"

     

     

    Totems de Keith HaringKeith Haring, Totem

     

     

    Des graffiti du métro aux street-art, des tableaux aux sculptures, Keith Haring a eu une carrière météorique. Voici deux totems vus au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (MAM).

     

    Totems de Keith HaringKeith Haring, Totem

     

     

    Totems de Keith HaringKeith Haring, Totem

     

     

    Totems de Keith HaringKeith Haring, Totem

     

     

    Totems de Keith HaringKeith Haring, Totem

     

     

    Exposition Keith Haring

    The political line

    Musée d'art moderne de la ville de Paris

    Du 19 avril au 18 août 2013

     

     

    Totems de Keith Haring

     

     

    Liens sur ce blog:

    Keith Haring et LA II

    Keith Haring: les dix commandements au 104

    Keith Haring: Jésus l'enfant rayonnant de l'église Saint-Eustache

     

     

    Textes sur Keith Haring

     

     

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         - Les plasticiens qui travaillent le néon et surtout ceux qui se servent de lettres aiment bien nous asséner des sentences déprimantes. Loin des installations poétiques de Dan Flavin, Cerith Wyn Evans le Gallois nous dit: "In girum imus nocte et consimimur igni", (Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes consumés par le feu!). Il s'amuse avec ce palindrome disposé en anneau sans fin mais la citation latine n'a rien de joyeux. Jouant avec des textes littéraires ou de simples mots, Il nous dit aussi "Nowhere", "In praise of shadow", "Once upon a time ... The End" ou "Eclipse".

     

     

     

    neon-Cerith-Evans.jpg"In girum imus nocte et consimimur igni", néon de Cerith Wyn Evans

     

     

         En 1983, Bruce Nauman lui aussi dispose un néon en cercle. En lettres de couleur, il y égrène les temps forts de notre existence: “Life Death Love Hate Pleasure Pain” (Vie mort amour haine plaisir douleur). Nauman a réalisé plusieurs sculptures de néon sur le même thème.

     

      

    Cerith Wyn Evans Eclipse 2005 néonEclipse, néon noir de Cerith Wyn Evans

     

     

         En 2011, l'écossais Douglas Gordon écrit: "Every time you switch me off, we die a little" (A chaque fois que vous m'éteignez nous mourrons un peu). En effet, allumer et éteindre un néon réduit sa durée de vie. Plus sérieusement, le temps est à l'oeuvre et nous mourrons peu à peu.

     

     

     

    Douglas Gordon néon I die"Every time you switch me off, we die a little", néon de Douglas Gordon, 2011

     

     

     

       Autre joyeuse déclaration testamentaire, le néon du mexicain Stefan Brüggemann: "This work should be turn off when I die" (cette oeuvre devra être éteinte à ma mort).

     

     

     

    Bruggemann-neon-when-I-die.jpg"This work should be turn off when I die", 2010, néon de Stefan Brüggemann

     


     

         En 1985, Alfredo Jaar, citant le roman de Gabriel Garcia Marquez, écrit: "Cien anos de soledad (No realmente)". "Pas vraiment", écrit en lettres rouges et en majuscules, remet ironiquement en doute la notion de solitude.

     
     

    Alfredo-Jaar-neon-soledad.jpg"Cien anos de soledad (no realmente)", néon blanc et rouge d'Alfredo Jaar

     

     

     

         L'écossais Nathan Coley écrit sur un grand panneau "There will be no miracle here" non en lettres de néon mais en ampoules blanches vouées à disparaître, remplacées par les ampoules basse consommation et les leds. Le néon lui aussi, trop gourmand en énergie, disparaîtra. Que deviendront les sculptures de néon si on ne trouve plus de lampes?

       

       Réponse avec une oeuvre du plasticien français Alberola: Rien. Un néon qui ressemble à un crâne. Vanité des vanités, tout est vanité. L'Ecclésiaste trouve un écho dans l'art contemporain.

     

     

    Alberola-rien-neon.jpgRien, néon de Jean-Michel Alberola 2011

     

        Pour ne pas perdre tout espoir disons que l'espérance tient à un fil: "L'espérance à un fil" d'Alberola.


     

    Alberola-esperance-fil-neon.jpg"L'espérance à un fil" d'Alberola, néon de 2007

     En reflet, "tout sauf rouge" de Su-Mei Tse, 2009

     

      

       Un plasticien doit être pessimiste pour être pris au sérieux. Il n'ose écrire "j'aime les jolies fleurs" ou des mots d'amour. Trop niais. L'anglaise Tracey Emin a produit de nombreuses oeuvres trash; elle peut se permettre des néons outrageusement sentimentaux: "Just love me", "You forgot to kiss my soul", "Kiss me - kiss me - cover my body in love", "It was just a kiss", etc ... En même temps,Tracey Emin produit des néons moins poétiques: "People like you like to fuck people like me".

     

     

     

    Tracey-Emin--Just-love-me--neon.jpg"Just love me", néon rose de Tracey Emin, 1998

     

       

     

     

    Liens sur ce blog:

     

    Tracey Emin illumine Times square de néons romantiques pour la Saint-Valentin

     

    Tracey Emin, Love is what you want, un impudique journal intime à la Hayward Gallery

     

    Dan Flavin et la lumière vibrante

     

    Joseph Kosuth au Louvre en octobre 2009: "ni apparence ni illusion"

     

    1- Néon et art contemporain, lumière vibrante: écritures

     

    Sound of Silence d'Alfredo Jaar aux Beaux-arts, le vautour et l'enfant

     

    Nuit Blanche 09 sans miracles: Nathan Coley, "There will be no miracles here"

     

     

     

     

     

     

    Palagret

    néon et art contemporain

    janvier 2014

     

     

     

     

    Mots clés: néon, neon sculpture, mort, pessimisme 

     

     

     

     

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  •    Un arbre de vie-
    fontaine aux joyeuses couleurs est exposé à l'entrée de l'exposition de Niki de Saint-Phalle au Grand Palais. Cette hydre est composée de sept serpents qui forment les sept branches de l'arbre. La sculpture crache de fin jets d'eau qui éclaboussent le revêtement de miroir et de céramiques colorées et le font briller. Les serpents avec leur gueule ouverte n'ont rien d'inquiétants, ils ont l'air tout à fait amical.



    Niki de Saint-Phalle arbre de vie fontaine 6Arbre de vie-fontaine, Niki se Saint-Phalle, 1987
    résine synthétique recouverte de miroirs, pâtes de verre, céramique et feuilles d'or
     


    «Pour moi, ils représentaient la vie même, une
    force primitive indomptable. En fabriquant moi-même des serpents, j’ai pu transformer en joie la peur qu’il m’inspiraient. Par mon art, j’ai appris à dompter et à apprivoiser ces créatures qui me terrorisaient»


         Dans son histoire personnelle (Niki est violée par son père à l'âge de douze ans), le serpent est d'abord maléfique mais elle réussit à se reconstruire et le serpent devient un animal joyeux.
    Le symbole du serpent existe dans de nombreux mythes. Tantôt il est maléfique et craint, incarnant le péché dans la bible et la Vierge le foule aux pieds. Tantôt il est bénéfique et révéré comme un dieu au Mexique.
     
     
     
     
    Niki de Saint-Phalle arbre de vie fontaine 4Arbre de vie-fontaine, Niki se Saint-Phalle, 1987, devant le Grand Palais
     
      
     
       Niki de Saint-Phalle a souvent représenté des reptiles.  Le serpent noir et blanc du Jardin des  Tarots en Toscane est sinistre. Avec l'eau et l'arbre, les serpents deviennent des symboles de vie et d'énergie. Il y a un reptile qui tourne sur lui-même dans la fontaine Stravinski à Beaubourg. Les sculptures colorées aux formes arrondies voisinent avec les sculptures noires de Jean Tinguely.
     
     
     
    Niki de Saint-Phalle arbre de vie fontaine 2Arbre de vie-fontaine, Niki se Saint-Phalle, 1987, devant le Grand Palais



       L'arbre de vie-fontaine du Grand Palais est placé au centre du bassin de Raoul Larche (1912). Les tortues, les nymphes et les angelots (ou les enfants et les adolescentes représentant la Seine et ses affluents), assis sur la margelle, se penchent gracieusement vers le miroir d'eau. De facture art nouveau, les personnages de marbre blanc entourent l'arbre aux serpents multicolores de Niki de Saint-Phalle. Les deux styles s'allient dans une même innocence exubérante.


    Niki de Saint-Phalle arbre de vie fontaine 5Arbre de vie-fontaine, Niki se Saint-Phalle, 1987, devant le Grand Palais
       


          Avec cette sculpture mosaïque,
    Niki de Saint-Phalle est proche de Gaudi qu'elle admirait.       "En 1955 je suis allée à Barcelone. Là j'ai vu le magnifique parc Guëll de Gaudi. J'ai rencontré à la fois mon maître et ma destinée. Je tremblai. J'ai su qu'un jour je devrai construire mon propre Jardin de la Joie. Un petit coin de Paradis. Une rencontre entre l'homme et la nature. 24 ans plus tard j'allai m'embarquer pour la plus grande aventure de ma vie, le Jardin des Tarots."


    Niki de Saint-Phalle arbre de vie fontaine 8Arbre de vie-fontaine, Niki se Saint-Phalle, 1987, devant le Grand Palais
     



      De nombreuse sculptures de
    Niki de Saint-Phalle sont en plein air et accessibles librement: 

    - la
    Fontaine Stravinsky à Paris.

    - Sun God à San Diego.
    -
    Le Monstre du Loch Ness à Nice.
    - La
    Fontaine de Château-Chinon. - L’Ange protecteur de la Gare de Zurich.
    - A Bâle
    - A Stockholm etc ...
    - A Jérusalem



    Niki de Saint-Phalle arbre de vie fontaine 1Arbre de vie-fontaine, Niki se Saint-Phalle, 1987, devant le Grand Palais


     

     


    " J’aime le rond. J’aime le rond, les courbes, l’ondulation, le monde est rond, le monde est un sein. Je n’aime pas l’angle droit, il me fait peur. L’angle droit veut me tuer, l’angle droit est un assassin. L’angle droit est un couteau, l’angle droit c’est l’enfer. Je n’aime pas la symétrie. J’aime l’imperfection. Mes cercles ne sont jamais tout à fait ronds. C’est un choix, la perfection est froide. L’imperfection donne la vie, j’aime la vie. J’aime l’imaginaire comme un moine peut aimer Dieu. L’imaginaire c’est mon refuge, mon palais l’imaginaire est une promenade à l’intérieur du carré et du rond. Je suis une aveugle, mes sculptures sont mes yeux. L’imaginaire est l’arc-en-ciel, le bonheur est l’imaginaire, l’imaginaire existe. " 1





    Niki de Saint-Phalle arbre de vie fontaine 7Arbre de vie-fontaine, Niki se Saint-Phalle, 1987, devant le Grand Palais






    Niki de Saint-Phalle
    Du 17 septembre 2014 au 2 février 2015
    Galeries nationales du Grand Palais





    Niki de Saint-Phalle arbre de vie fontaine 9Arbre de vie-fontaine, Niki se Saint-Phalle, 1987, devant le Grand Palais






    Liens sur ce blog:
     

    * - Niki de Saint-Phalle: de grotesques mères dévorantes au Grand Palais

    * - Niki de Saint-Phalle, Tinguely et Jef Aerosol à la fontaine Stravinski, vidéo

     Une vierge au serpent

    Tinguely et Niki de Saint Phalle à la fontaine Stravinski à Beaubourg




    Palagret
    sculpture-fontaine
    janvier 2015







    . Source: 1- Dossier de Presse




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      Une histoire de cochon

        Comme Marcel Duchamp qui exposait un urinoir, un porte-bouteille ou une roue de vélo, Jeff Koons utilise des objets ou des images préexistantes. A la différence des ready-made de Duchamp, les sculptures de Jeff Koons reproduisent les objets et images choisis en une taille et un médium différent. Le bibelot de plâtre bon marché de Michael Jackson devient une grande porcelaine dorée, le lapin de Pâques gonflable devient un lapin en acier inoxydable etc ... 

     

     

     

    Koons Beaubourg Fait d'hiver 7Fait d'Hiver, sculpture de Jeff Koons, 1988

    Porcelaine, 49,5 x 160 x 80. Edition de 3

     

     

        Pour cause de "contre-façon", une sculpture de Jeff Koons vient d'être retirée de l'exposition à Beaubourg. "Fait d'Hiver" présente un cochon et deux pingouins venant au secours d'une femme allongée dans la neige. C'est clairement la reproduction d'une photo de Franck Davidovici, publié dans un magazine pour une campagne Naf-Naf dans les années 1980. Dans la photo, le buste de la femme est coupée, ce qui correspond au cadrage. Dans la sculpture en porcelaine le buste est aussi coupé ce qui est très étrange et ne correspond à aucune représentation classique. D'habitude, on voit soit le buste entier soit seulement la tête et le cou; un morceau de corps ainsi délimité, et allongé sur le sol, est bizarre et même malsain faisant penser à un corps massacré par un sérial-killer. La partie du corps tranché est blanche pour bien souligner l'absence. Koons nous fait réfléchir à l'arbitraire d'un cadrage photo et à la bizarrerie morbide teintée de sexualité de la publicité Naf-Naf. Le plasticien américain prétend ne mettre aucune ironie dans ses oeuvres.

     

     

    Koons-fait-d-Hiver-Naf-naf-2.jpg Fait d'Hiver, photo de Franck Davidovici, publicité Naf-Naf

     

     

         Chez Koons, la femme brune allongée porte des lunettes de soleil et des bracelets de fleurs aux poignets, sa blouse en résille mets en valeur ses seins. Dans la photo de Franck Davidovici, le cochon rose porte un tonnelet comme les Saint-Bernards qui secourent les blessés dans la neige et son museau effleure la chevelure de la femme. Chez Koons le cochon a en plus un collier de fleurs autour du cou et il est encadré de deux manchots pour sursignifier le froid. Les deux oeuvres s'intitulent "Fait d'Hiver". En français, il y a un jeu de mot avec fait divers, une allusion à l'accident ou au meurtre. Koons perçoit-il le double sens en gardant le titre d'origine?

       
        La photo en noir et blanc et la sculpture polychrome "Fait d'Hiver" sont toutes deux étranges et ambigues mais plus drôle chez Koons.

     

     

     

    Koons Beaubourg Fait d'hiver 2Fait d'Hiver, sculpture de Jeff Koons, 1988

    Porcelaine, 49,5 x 160 x 80. Edition de 3

    `

     

      La sculpture de Jeff Koons "Fait d'Hiver" est ainsi décrite dans un catalogue de vente américain: "En juxtaposant un fort élément sexuel à la douceur sucrée de bibelots décoratifs, Koons produit une version style Walt Disney d'un fantasme érotique. ... Cette combinaison dérangeante identifie une faim primale au coeur du consumerisme américain, et suggère que toute la culture de masse, que ses produits soient sordides ou propres, fonctionne comme une séduction commerciale. En promouvant ces bibelots domestiques au statut de chef-d'oeuvres de musée, Koons rend floue la frontière entre l'art et la décoration, la vraie sculpture et le kitsch de tous les jours". 1
     

     

       Une description qui s'applique à beaucoup de sculptures de Jeff Koons comme "Pink Panther" ou "Bear and the policeman". D'horribles bibelots vendus dans les boutiques de souvenirs décorent les maisons des classes moyennes américaines. Manufacturés par milliers, ils tiennent lieu d'oeuvres d'art pour beaucoup et Koons interroge ainsi la notion de mauvais goût et d'art digne d'être exposé dans un musée.

     

     

           Koons aime beaucoup les cochons. En 1988, une sculpture montre Saint-Jean Baptiste portant un cochon au groin doré et un oiseau sur son bras gauche. Sa main droite pointe vers le ciel comme dans le tableau de Leonard de Vinci. Un mélange de sacré et de profane.

     

       En 1988, Jeff Koons se fait photographier avec deux vrais cochons pour une publicité annonçant une exposition. Il déclare que  c'est " pour me représenter moi-même comme un cochon. Je préférais le dire moi-même avant que quelqu'un d'autre le fasse. C'est une forme d'exercice du pouvoir." 2.

     

     

    Koons Beaubourg Fait d'hiver 4Fait d'Hiver, sculpture de Jeff Koons, 1988

    Porcelaine, 49,5 x 160 x 80. Edition de 3

     
     

         Parlant de "ushering in banality", une autre sculpture avec un cochon rose, Jeff Koons disait: "Je me suis toujours vu comme le jeune garçon à l'arrière, poussant le cochon, poussant en croyant à la possibilité d'essayer de faire un travail qui dirait aux gens que leur histoire culturelle et personnelle est absolument parfaite jusqu'à maintenant."

     


    Koons-Ushering-in-banality-Beaubourg-7.jpgUshering in banality, Jeff Koons 1988
    Bois polychrome

     

     Koons Beaubourg Fait d'hiver 6Fait d'Hiver, sculpture de Jeff Koons exposée au Centre Pompidou avant son retrait

    Derrière on voit Balloon Dog (magenta), Cat on a clothline (yellow) et le tableau Play-Doh

     

     

           Jeff Koons est un plasticien de l'appropriation; il a été poursuivi plusieurs fois en justice aux Etats-Unis pour non-respect des droits de Copyright par les propriétaires d'oeuvres contrefaites y compris pour Ushering in banality, une copie d'une photo de Barbara Campbell intitulée "Boys with Pig". Encore un fois Jeff Koons le roi du neo-pop kitsch ne s'est pas inquiété du copyright. Un procès s'en est suivi. 

      
        Les sculptures de Jeff Koons ne sont pas d'ailleurs de vraies contrefaçons comme on l'entend pour des montres ou des vêtements. Qui pourrait confondre un bibelot de quelques centimètres et une sculpture de plus d'un mètre ou une photo en noir et blanc et une sculpture polychrome? 

     

     

     

    Koons-Ushering-in-banality-Beaubourg-2.jpgUshering in banality, Jeff Koons 1988
    Bois polychrome, deux angelots et un garçonnet

                                                                                                                               

     

         Alain Seban, président du Centre Pompidou, déclare dans un communiqué que "Une large part de la création moderne et contemporaine repose sur le concept de citation, voire d’appropriation. Il est essentiel que les musées puissent continuer à rendre compte de ces démarches artistiques."

     

        Beaucoup de pop-artists utilisent des images ou objets existants: Andy Warhol, Richard Hamilton, Rauschenberg, Roy Lichtenstein, Oldenburg, Arman, Jan Fabre, Erró, Barbara Kruger, Wim Delvoye, Douglas Gordon, Christian Marclay etc ....

     

     

     

    Koons Beaubourg Rabbit 6Rabbit de Jeff Koons,1986, acier inoxydable, série statuary

    104,1 x 48,3 x 30,5 cm
     

     

         Les lois américaines sur le copyright et le fair use sont différentes des lois françaises du droit d'auteur. On verra ce que décident les tribunaux pour "Fait d'Hiver" et "Naked", les "contrefaçons" de Jeff Koons sélectionnées pour sa rétrospective à Beaubourg.

     

     

     

     

     

    Liens sur ce blog:

     
    * Jeff Koons: gazing balls, sculptures antiques et boules réfléchissantes à Beaubourg

    * Jeff Koons: Ushering in banality, un cochon à Versailles

    * Michael Jackson, éternellement jeune, immortalisé par Jeff Koons
     
    * Bear and the policeman de Jeff Koons

    Rabbit de Jeff Koons
     
    La ménagerie de Jeff Koons dans les salons royaux de Versailles

    Erró, Femmes Fatales, appropriation et recontextualisation
     
    William Klein contre John Galliano, plagiat ou citation?
     

     

     

     

     

     

     

    Palagret

    art contemporain et appropriation

    décembre 2014

     

     

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    Sources:


    1- in Wikipedia. The City Review. Retrieved November 11, 2011.


    2- Le Monde du 30.08 05. Propos recueillis par Harry Bellet

     

    Copyright et fair use aux Etats-Unis

     

    Koons et la justice 

     

     

     

     

     

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        Une boîte à lettres et une statue antique d'Hercule Farnèse, un bain pour oiseaux et une Ariane endormie sont traités de la même façon par Jeff Koons. Réalisées en plâtre blanc, légèrement plus grandes que les originaux, ces sculptures iconiques sont surmontées d'une boule réfléchissante (gazing ball) d'un bleu profond. Koons mets sur le même plan des objets quotidiens de la banlieue et des oeuvres d'art gréco-romaines en pierre ou en marbre. Les copies servent de socle à une boule miroir telle qu'on en trouve aux Etats-Unis dans les jardins et sur les pelouses des maisons américaines. Ces boules reflètent et déforment tout leur environnement ainsi que celui qui les regarde et s'y mire. 

     

     

    Koons-Gazing-ball-Ariane-Beaubourg-4.jpgAriane endormie et boule réfléchissante, Jeff Koons 2013

    Plâtre et verre, 112,7 x 238,4 x 93 cm. Edition de 3

     


         "Je pense aux gazing balls depuis longtemps. J'ai voulu montrer l'affirmation, la générosité, le sens de l'espace et la joie des sens que gazing balls symbolisent. La série est basée sur l'idée de transcendence. La réalisation de notre mortalité reste abstraite et de là nous sommes capables de concevoir le monde extérieur, la famille, la communauté et un plus vaste dialogue avec l'humanité au-delà du présent. La série des Gazing Balls est basé sur le regard du philosophe, commençant avec la  transcendence à travers les sens mais dirigeant notre vision vers l'éternel à travers la forme pure et les idées." 1

     

     

    Koons-Gazing-ball-Hercule-Farnese-danseuse-Beaubourg.jpgHercule Farnèse et boule réfléchissante, Jeff Koons, 2013

    Plâtre et verre, 326,4 x 170 x 123,5. Edition de 3

    devant Ballerine, acier inoxydable au poli miroir, vernis transparent, 2000 - 2014

     

     

      Jeff Koons joue du contraste entre la simple perfection de la sphère brillante et la matité du plâtre révélant l'anatomie humaine et les effets de drapé. Il ne mentionne cependant pas que la rencontre de sculptures classiques et d'ornement de jardin est évidement comique. Comique comme Balloon Dog, la baudruche géante.

     


    gazing-balls-de-jardin.jpg Gazing Balls en acier pour décorer son jardin, en vente sur internet

     

     

        Comme toujours, Jeff Koons s'approprie des oeuvres populaires existantes et les recontextualise. Cette fois-ci il ne risque pas de procès de la part de Lysippe (4è siècle avant JC) et d'autres sculpteurs gréco-romains.

     

     

    Koons-Gazing-ball-Hercule-Farnese-Beaubourg.jpg

     
     

        Délaissant le métal et la pierre, Koons choisit le plâtre, un matériau très souvent utilisé pour faire des copies de l'antique et aussi par les artiste modernes dont Picasso. Avec la boule bleue réfléchissante et déformante Koons instaure un dialogue avec ses propres œuvres brillantes.

     

     

    Koons-Gazing-ball-boite-a-lettres-Beaubourg.jpgGazing Ball (mailbox) 2013, Jeff Koons

    Plâtre et verre, 188,6 x 61,9 x 105,4. Edition de 3

     
     

      Depuis les années 80, Jeff Koons utilise très souvent des surfaces réfléchissantes dans les séries "Luxury and degradation" ou "Celebration". Les Balloon dog, Balloon flower, Rabbit, Moon ou Hanging Heart renvoient notre image ou celle du plasticien narcissique.

     


     

    Koons-Gazing-ball-Ariane-Beaubourg-9.jpgGazing Ball posée sur copie en plâtre d'Ariane endormie

     

    the gravity of Duchamp, or that of the notion of appropriation, which permits everything to become a readymade via its re-presentation, re-contextualization, or re-purposing, the mainstay aesthetics of the early ‘80s. - See more at: http://www.artcritical.com/2014/09/10/saul-ostrow-on-jeff-koons/#sthash.eAguUh31.dpuf

     

     

          Les copies de sculptures antiques sont les premières de Jeff Koons représentant l'homme et la femme depuis la fameuse série avec la Cicciolina. A Beaubourg, le plasticien américain n'expose que trois Gazing Balls mais il en existe une vingtaine qui étaient exposées à New-York dans la galerie David Zwirner en juin 2013 mêlant l'histoire de l'art et la pop culture. Des sculptures iconiques de l'Antiquité: Vénus sortant du bain, Apollon Lykeios, Diane, Dionysos, Silène et Dionysos, le faune Barberini, le Torso du Belvèdère, un centaure. A côté partageant l'espace, un petit garçon banal, un bonhomme de neige gonflable, un bain pour oiseau et une bôite à lettres. Toutes œuvres en plâtre surmontées d'une parfaite boule bleue réfléchissante que nous ne pouvons voir sans nous voir nous-mêmes.

     

     

     

    Koons-Gazing-ball-Hercule-Farnese-boite-a-lettres-Beaubo.jpgHercule Farnèse et boule réfléchissante, boîte à lettres et boule réfléchissante, Beaubourg

     

     

        Les déesses, les dieux et les héros renvoient aux demi-dieux contemporains portraiturés par Jeff Koons: Louis XIV, aux icones pop comme Michael Jackson, Bob Hope, Buster Keaton et surtout Popeye aux muscles hypertrophiés, nouvel Hercule nourri aux épinards.

     

     

    Koons-Beaubourg-Popeye.jpgPopeye, Jeff Koons, 2009 -2011, acier inoxydable au poli miroir, vernis transparent

    198,1 X 131,4 x 71,1 cm. Edition de 3. Centre Pompidou


     

        Jeff Koons, roi du néo-pop, kitsch et controversé, rencontre un grand succès à Beaubourg. Il vaut mieux acheter son billet à l'avance.

     

     

     

     

    Jeff Koons, la rétrospective

    Exposition au centre Pompidou

    Du 26 novembre 2014 au 27 avril 2015

    De 11h à 21h


    Nocturnes jusqu’à 23h (dernière entrée à 22h) les jeudis, vendredis et samedis soirs.
    Ouverture anticipée à 10h les samedis et dimanches pour les adhérents et les visiteurs munis de billets

     

    Mirrors and polished surfaces, his most recurrent motif, are in essence narcissistic, a product of someone who in all ways is watching himself. - See more at: http://www.artcritical.com/2014/09/10/saul-ostrow-on-jeff-koons/#sthash.eAguUh31.dpuf

     

     

     

     

    Liens sur ce blog:

     
     
    * - La locomotive de Jeff Koons sur une voie de garage?
     
     Rabbit de Jeff Koons

    Split-rocker de Jeff Koons

    Chainlink, la tortue et l'hippopotame de Jeff Koons
     
    La locomotive suspendue de Jeff Koons bientôt à Los Angeles
     
    La visite de l'atelier de Jeff Koons mise aux enchères
     
    Rabbit, le lapin de Jeff Koons, à la parade de Macy's

    L'art contemporain et Jeff Koons à Versailles

     
    Seize sculptures de Jeff Koons bientôt à Versailles


     

     

     

     

     

     

     

     

    Palagret

    art contemporain et appropriation

    art rigolo

    décembre 2014

     

     

     

     

     

     

    Sources:

    http://www.davidzwirner.com/exhibition/gazing-ball/


    http://newyorkcity.eventful.com/events/jeff-koons-gazing-ball-/E0-001-057511345-8


     


     

     

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       Comme des nuages noirs tombés du ciel, des décors en contreplaqué occupent l'espace 315 du Centre Pompidou. "L'air du temps" de Latifa Echakhch est constitué de dizaines de sculptures. A côté de chaque nuage noir, un objet dérisoire ou obsolète à moitié badigeonné d'encre, témoin du passé: valise pleine de vieilles photos, transistor, vase de fleurs artificielles, flacon de parfum Nina Ricci, fil à broder rouge ou roses des sables venus du Maroc, pays de l'enfance de la plasticienne, etc ...

     

     

    LATIFA ECHAKHCH AIR DU TEMPS 1L'air du temps, encrage (la lampe coquillage), installation de Latifa Echakhch, centre Pompidou, espace 315

    Lauréate du prix Marcel Duchamp 2013 

     

     

       Ces formes noires sont comme Janus, doubles, noires d'un côté, bleu ciel et blanc de l'autre. En entrant le visiteur voit l'envers du décor, une installation assez sinistre avec des objets qui semblent brûlés, sauvés d'un désastre. En se retournant il voit de joyeuses nuées posées sur le sol (la terre) et suspendues par des fils accrochés au plafond (le ciel).

     

     

     

    LATIFA ECHAKHCH AIR DU TEMPS 2L'air du temps,côté clair, installation de Latifa Echakhch, centre Pompidou

     

     

     
    Latifa Echakhch: "J'ai appréhendé l'Espace 315 en m'intéressant principalement à sa forme. C'est un rectangle allongé, une sorte de boîte qui m'évoquait un peu l'idée d'une « camera obscura » où l'image est inversée. Dans l'exposition, les nuages flottent ainsi légèrement au-dessus du sol, et le parquet très brillant redouble encore cette impression de basculement. J'ai en quelque sorte cherché à étirer/condenser un paysage dans le lieu, afin de jouer avec différents plans ou strates de lecture, et différentes échelles." 1

     

     

     

    LATIFA ECHAKHCH AIR DU TEMPS 3L'air du temps, installation de Latifa Echakhch, centre Pompidou 

     

     

     

     

     "Ces nuages n'ont pas une signification arrêtée, précise. Ils permettent une forme de condensation. Il s'agit d'offrir une seule et même vue d'un ensemble, comme un paysage de bord de lac où l’on peut voir le ciel, l'eau et les berges se refléter les uns sur les autres, les uns dans les autres. Il y a ici un jeu avec le haut et le bas, le recto et le verso. Un jeu de basculement qui permet une forme de synthèse, et concourt à créer une sensation onirique tout en attirant l'attention du visiteur sur les sculptures."

     

     

     

     

    LATIFA ECHAKHCH AIR DU TEMPS 7L'air du temps, encrage (vase et fleurs), installation de Latifa Echakhch, centre Pompidou 

     

     

     

     

       Chaque nuage est un encrage (ou ancrage?). Il se distingue des autres par l'objet qui lui est accolé: Encrage (la lampe coquillage, encrage ( le puzzle de paysage de montagne) etc ...

     

     

     

     

    LATIFA ECHAKHCH AIR DU TEMPS 5L'air du temps, encrage (lecteur de cassette), installation de Latifa Echakhch, centre Pompidou

     

     

     

    LATIFA ECHAKHCH AIR DU TEMPS 9L'air du temps, encrage (boules de pétanque), installation de Latifa Echakhch, centre Pompidou 

     

     

     

     

    " Le noir renvoie à la fois à l'idée d'un temps d'action passé et arrêté, ainsi qu’à un ensemble en puissance de gestes à venir."

     

     

     

     

    LATIFA ECHAKHCH AIR DU TEMPS 8L'air du temps, côté clair, installation de Latifa Echakhch, centre Pompidou 

     

     

     

     

        Avec des matériaux modestes et des objets à peine modifiés, presque des ready-made, Latifa Echakhch crée une installation onirique, un trompe-l'oeil de théâtre naïf où différents plans de décor simulent la profondeur, un trompe-l'oeil abandonné au sol comme après une représentation. En février 2014, chez Kamel Mennour, la plasticienne faisait aussi tomber le ciel (the sky is falling) avec une toile peinte affalée, à moitié suspendue.

     

       L'air du temps, titre de l'installation de Latifa Echakhch, est aussi le nom du parfum Nina Ricci crée en 1948. Petite fille, Latifa Echakhchen en possédait un échantillon.


     


     

     

     

     

    Latifa-Echakhch--sky-falling.jpgThe sky is falling, Latifa Echakhch, galerie Kamel Mennour


     


     

     

     

    Latifa Echakhch est née en 1974 à El Khnansa, Maroc. Elle vit et travaille à Martigny, Suisse.

     

     

     

     

    Dossier de presse:

     

    Depuis plus de dix ans, le Centre Pompidou accueille chaque année les lauréats des Prix Marcel Duchamp pour une exposition personnelle et inédite dans l'Espace 315, durant trois mois.

    Après Daniel Dewar et Grégory Gicquel, lauréats 2012, Latifa Echakhch a reçu le Prix Marcel Duchamp 2013, décerné chaque année à un artiste novateur de la scène française, et répondra à l'invitation du Centre Pompidou, en partenariat avec l'Adiaf.

    « Le jury a été sensible à la manière dont Latifa Echakhch sait activer le potentiel de l'espace qu'elle investit en faisant appel à des éléments aisément reconnaissables, a précisé Alfred Pacquement, alors président du jury.

    Son oeuvre entre surréalisme et conceptualisme questionne avec économie et précision l'importance des symboles et traduit la fragilité du modernisme.

     

     

     

     

    LATIFA ECHAKHCH AIR DU TEMPS 4L'air du temps, encrage, installation de Latifa Echakhch, centre Pompidou

     

     

     

     

     

    Latifa Echakhch, L'air du temps

    du 8/10/2014 au 26/01/2015

    Espace 315, Centre Pompidou


     


     


     


     

    Palagret

    art contemporain. Prix Marcel Duchamp

    décembre 2014


     


     

     

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        Dans le salon carré du Louvre, Monique Frydman expose son polyptyque Sassetta au milieu des oeuvres des artistes florentins de la Renaissance. Une oeuvre monumentale de 330 x 400 x 150 cm.
     
     
         Louvre Frydman polyptique Sassetta 70520Le polyptyque Sassetta, Monique Frydman, salon carré du Louvre
     
     
     
        Cette oeuvre lisible des deux côtés s’inspire du Polyptyque de Borgo San Sepolcro (1437-1444) du peintre siennois Stefano di Giovanni dit Sassetta (1400-1450). De ce retable démembré dès la fin du XVIe siècle, le musée du Louvre conserve trois panneaux du registre principal de la face antérieure (dont deux montrés actuellement) et deux panneaux de la prédelle postérieure.
     


    Louvre Frydman polyptique Sassetta 70542Polyptyque de Borgo San Sepolcro, élément de la prédelle postérieure
    Stefano di Giovanni dit Sassetta
    Le bienheureux Ranieri délivre les pauvres d'une prison de Florence
       

        Quatre de ces panneaux sont actuellement exposés non loin de l'oeuvre abstraite de Monique Frydman. Le cinquième panneau, Saint Antoine de Padoue, est en cours de restauration.
     


    Louvre Frydman polyptique Sassetta 70544Polyptyque de Borgo San Sepolcro
    Le bienheureux Ranieri délivre les pauvres d'une prison de Florence, détail

     


       " Le polyptyque de Monique Frydman reprend la bilatéralité, les dimensions de l’œuvre originale et s’allège de son ornementation. Au recto, la sacralité est rendue par le traitement d’un jaune lumineux frotté au pastel à même la toile de lin brune. Cette couleur, à laquelle l’artiste consacrait une importante série à la fin des années 80, fait écho à l’emploi d’or et d’argent dans le précieux polyptyque de Sassetta.
     
     

    Louvre Frydman polyptique Sassetta 70517Le polyptyque Sassetta, Monique Frydman, salon carré du Louvre
     
     
     


      A cette première symbolique s’ajoute celle des tons choisis pour souligner la présence de chacun des sujets:
    - le bleu roi de la Maestà
    - le rose tendre et le vert anis des saints qui l’encadrent
    - au dos, le rouge profond du Saint François en extase.
    - L’esquisse d’une ombre brune suggère la lacune de l’un des panneaux encore
    disparu.




    Louvre Frydman polyptique Sassetta 70508Le polyptyque Sassetta, Monique Frydman, salon carré du Louvre
     
     


       Au revers, la composition diffère radicalement et c’est le traitement du paysage et des architectures qui domine dans une division plus forte, augmentant le nombre des panneaux. La palette s’organise à la fois en symétrie autour de la figure centrale de Saint François, et dans une lecture verticale où l’incroyable gamme de verts, de bruns et de bleus crée l’illusion de glisser d’un châssis à l’autre.




    Louvre Frydman polyptique Sassetta 70511Le polyptyque Sassetta, Monique Frydman, salon carré du Louvre
    au fond La vierge et l'enfant en majesté entourée de six anges (Maesta) de Cimabue, vers 1280
     
     
     


        Cette construction, rappelle le processus naturel de sédimentation. Il n’est par conséquent pas surprenant de retrouver dans la prédelle, ce même principe de stratification, du plus sombre au plus clair."
     
    « La trouée du temps est là ... Ce qui est perdu, démembré, relance le temps et dans cet effacement ne subsiste que le manque dont notre mémoire et notre regard restituent la présence. »






    Louvre Frydman polyptique Sassetta 70512Le polyptyque Sassetta, Monique Frydman, salon carré du Louvre
     
     
     
     

      Peintre abstraite, Monique Frydman utilise un vocabulaire dégagé de toute référence figurative et s’affirme dans l’exaltation de la couleur. Le travail de Monique Frydman montre un grand attachement à la peinture et à des matières auxquelles elle est fidèle depuis le début, notamment les pigments, pastels et liants. Sa technique d’imprégnation progressive de la couleur sur de multiples supports (toile de lin, de coton, papier Japon, tarlatanes) se retrouve ainsi dans ses séries Les Jaunes, Les Dames de nage, Les Lignées, Les Eclats, De la Couleur et Des Saisons avec Bonnard.




    Louvre Frydman polyptique Sassetta 70540Polyptyque de Borgo San Sepolcro
     
     
     
     
    Monique Frydman,  Polyptyque Sassetta

    Du 26 septembre 2013 au 6 janvier 2014

    Louvre, Aile Denon, 1er étage Salon Carré

    Commissaire de l’exposition : Pauline Guélaud, assistée de Valentine Busquet
    Source: dossier de presse
     
     
     
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    Palagret
    octobre 2014
    art contemporain au Louvre
     
     
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        La Vénus des arts, une sculpture en tranches, constituée d'éléments hétéroclites en morceaux (cadre de tableau, bronze du Bénin, violoncelle), telle est la Vénus de Milo d'Arman, située rue Jacques Callot, non loin de l'école des Beaux-arts. 


     

    Arman Vénus des artsLa Vénus des arts, statue antique découpée, instruments de musique et cadre de tableau, bronze patiné, Arman, 1992,

    Place Jacques Callot, Paris

     


       Le violoncelle s'intègre au corps de la déesse, sa tête prolonge l'avant-bras et sa courbe remplace la hanche, donnant un peu de sensualité à une sculpture si heurtée.

     

     

    Arman Venus sculpture dosLa Vénus des arts, statue antique découpée, instruments de musique et cadre de tableau, bronze patiné, Arman, 1992,

    Place Jacques Callot, Paris

     

     

        Symbolisant la peinture, un cadre vide traverse le corps de la Vénus des arts. Le visage est celui de la Vénus de Milo mêlé à un visage d'un bronze du Bénin, art traditionnel africain et art moderne réunis.

     

     

     

    Arman Vénus des arts 1La Vénus des arts, statue antique découpée, instruments de musique et cadre de tableau, bronze patiné, Arman, 1992,

    Place Jacques Callot, Paris


     

     

      Cette Vénus morcelée est faite de bric et de broc et pourtant cette accumulation ironique donne une impression d'unité.


     

    Arman-Venus-des-arts-sculpture-palette.jpgLa Vénus des arts, statue antique découpée, palette de peintre, Arman, 1992

     

     

        Sur la place Jacques Callot, la Vénus des arts d'Arman est mal mis en valeur. Des vélos et des motos s'appuient sur le socle ou encombre le trottoir et il est difficile de tourner autour de la sculpture pour l'observer. Et bien sûr, comme pour beaucoup d'oeuvres dans l'espace public, il y a des tags sur le bronze. Un enclos protecteur serait utile.


     

     

    Arman Venus sculpture faceLa Vénus des arts, statue antique découpée, instruments de musique et cadre de tableau, bronze patiné, Arman, 1992,

    Place Jacques Callot, Paris

     

     

       De nombreuses oeuvres d'Arman portent le titre de Vénus: des inclusions d'objets dans un mannequin transparent: la Vénus aux ongles rouges (1967), la Vénus aux blaireaux (1969), la Vénus aux dollars (1970). La Vénus aux petites cuillères (1998) est elle une sculpture transpercée de cuillères comme un Saint-Sébastien transpercé de flèches.

     

     

     

    Arman-Venus-des-arts-sculpture-livres.jpgLa Vénus des arts, statue antique découpée,livres empilés, Arman, 1992

     

     

       Figure iconique de l'art occidental, archétype du nu féminin, la Vénus de Milo a été mise à mal par de nombreux plasticiens: les surréalistes comme Salvador Dali (la Vénus aux fourrures) ou René Magritte, Yves Klein avec une Vénus bleue, Pistoletto etc ...  Jeff Koons lui s'inspire de la Vénus de Willendorf, une figure préhistorique, pour la Vénus ballon.

     


     

     

    Arman-Venus-des-arts-sculpture-visage.jpgLa Vénus des arts, statue antique découpée, visages imbriqués, Arman, 1992

     

     

     

     

     

     

    Lien sur ce blog:

     Arman, trois sculptures dans la ville: bagages, horloges et Vénus des arts en morceaux

     

     

     

    Palagret

    sculpture dans la ville

    septembre 2014

     

     

     

     

     

     
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       Suivant la mode des selfies et de la participation des visiteurs, le Musée du Jeu de Paume nous encourage à photographier les "protographies" et les installations d'Oscar Muñoz.

     

     

    Oscar Muñoz Ambulatorio Jeu de Paume 4Ambulatorio, [Déambulatoire], 1994, Oscar Muñoz

     Photographie aérienne encapsulée dans du verre sécurité, bois et aluminium, 36 modules,

    100 x 100 cm chaque.

     

     

     

       A l'entrée de l'exposition d'Oscar Muñoz, une grande photographie aérienne de la ville colombienne de Cali est posée sur le sol et il faut marcher dessus pour accéder aux autres salles. Nous sommes encouragés à craqueler le verre sécurit et à envoyer nos photos sur le net. 

     

     

     

    Oscar Muñoz Marchez sur Cali Jeu de Paume exposition#marchez sur cali et partagez votre photo, Oscar Muñoz, Musée du Jeu de Paume

     

     

     

          Ainsi, jour après jour, l'oeuvre d'Oscar Muñoz se modifie aléatoirement sous le poids des visiteurs. Nos pas créent de nouvelles lignes qui se mêlent au tracé rectiligne des rues modernes et au chaos des anciens quartiers. Le temps de l'exposition, l'oeuvre vit et se fragmente.

     

     

     

     


    Oscar Muñoz, Ambulatorio par Palagret

     

     

       Le plasticien colombien Oscar Muñoz travaille sur le temps, l'instabilité et la disparition de l'image, utilisant des matériaux et des supports peu courants dans la photographie: poussière de charbon, plâtre, sucre, eau et rideaux de douche (cortinas de baño).

     

     

     

    Oscar Muñoz Ambulatorio Jeu de Paume 1Au sol, Ambulatorio

    au mur à droite Inquilinatos (taudis), dessin au graphite, 1979

    à gauche, El puente (le pont) deux vidéos d'Oscar Muñoz

     

     

        Les deux vidéos d'El puente (le pont) représentent des visages anonymes projetés d'un pont sur une rivière, à l'endroit même où des photographes de rue prirent ces clichés dans les années cinquante. Tirés de l'oubli, les visages s'affichent fugacement sur l'eau, fantômes hésitants, avant de disparaître, déformés par le courant. Pour Oscar Muñoz, c'est une métaphore du souvenir et de l'oubli, de la fragilité de la mémoire.

     

     

     

    Oscar-Mun-oz-El-puente-Jeu-de-Paume-exposition.jpgEl puente (le pont), 2004, video d'Oscar Muñoz

     

     

     

    à suivre ...

     

     

    Oscar Muos

    Protophotographies

    Musée du Jeu de Paume

    Du 3 juin au 21 septembre 2014

     

     

    Oscar Muñoz Ambulatorio Jeu de Paume 5Photographie de la ville de Cali fragmentée par le pas des visiteurs, Oscar Muñoz

     

     

     

    Palagret

    photographie, apparition, disparition

    août 2014

     

     

    Dossier de presse:

    Oscar Muñoz, né en 1951 à Popayán (Colombie), est considéré comme l’un des artistes contemporains les plus importants de son pays natal, tout en suscitant l’attention de la scène internationale. Diplômé de l’Institut des Beaux-Arts (Instituto de Bellas Artes) de Cali, il développe, depuis plus de quatre décennies, une œuvre autour de l’image en relation avec la mémoire, la perte et la précarité de la vie. Grâce à des interventions sur des médiums aussi différents que la photographie, la gravure, le dessin, l’installation, la vidéo et la sculpture, son œuvre défie toute catégorisation systématique.

    L’exposition « Protographies » (un néologisme qui évoque l’opposé de la photographie, le moment antérieur ou postérieur à l’instant où l’image est fixée pour toujours) présente l’essentiel de ses séries, regroupées autour des thématiques majeures de l’artiste, qui mettent en rapport de façon poétique et métaphorique son vécu personnel et les différents états de matérialité de l’image. Il associe par exemple la dissolution de l’image, son altération ou sa décomposition avec la fragilité de la mémoire et l’impossibilité de fixer le temps ; ou encore l’évaporation et la transformation de l’image avec la tension entre la rationalité et le chaos urbains. Enfin dans la majeure partie de son travail, il crée des images éphémères qui, en disparaissant, invitent le spectateur à une expérience à la fois sensuelle et rationnelle.

    Oscar Muñoz débute sa carrière dans les années 1970 à Cali, dans un contexte d’effervescence culturelle et pluridisciplinaire intense qui a permis l’émergence d’une génération d’écrivains, de photographes, de cinéastes et d’artistes de premier plan, tels que Carlos Mayolo, Luis Ospina, Fernell Franco ou Andrés Caicedo. À cette époque, Muñoz travaille avec le dessin au fusain sur des grands formats, mettant en exergue des personnages tristes, parfois sordides, empreints d’une profonde charge psychologique. Dès lors, s’affirment les axes fondateurs de sa pratique : parmi ceux-ci, un intérêt constant et marqué pour l’aspect social, un traitement très spécifique des matériaux ; l’utilisation de la photographie comme outil de mémoire ; la recherche des possibilités dramatiques des jeux d’ombre et de lumière en relation avec la définition de l’image. Par ailleurs, l’artiste a développé une approche phénoménologique du minimalisme, en insistant sur la relation entre l’œuvre, le spectateur et l’espace qui les accueille.

    Au milieu des années 1980, Oscar Muñoz s’éloigne des méthodes artistiques traditionnelles et commence à expérimenter des procédés innovants en créant une véritable interactivité avec le public. Il va, dès lors, travailler à une remise en question radicale de l’exercice du dessin, de la gravure, de l’utilisation de la photographie, de la relation de l’œuvre avec l’espace. Il abandonne ainsi les formats et les techniques traditionnelles – tout en conservant leurs racines et leurs ressorts principaux – pour enquêter sur l’éphémère en mettant en valeur les qualités essentielles des matériaux employés et leurs associations poétiques. L’utilisation des éléments fondamentaux – l’eau, l’air et le feu – renvoie au processus, aux cycles et aux manifestations transcendantales de la vie, de l’existence et de la mort. « Mon travail tente de comprendre comment le passé et le présent sont plein de faits violents », dit l’artiste. En utilisant des médiums très différents, Oscar Muñoz efface les frontières entre chaque discipline à travers l’utilisation de procédés innovants et uniques.

    L’exposition « Protographies » présente des séries d’œuvres regroupées autour des thématiques majeures de l’artiste, depuis ses œuvres sur papier et séries en grand format de dessins hyperréalistes au fusain (1976-1981) – au sein desquels se manifeste un intérêt profond pour le contexte social –, en passant par les dessins et les gravures réalisés à partir des années 1980, qui marquent l’abandon du papier au profit de l’exploration de matériaux et de processus non conventionnels (impression sur plastique mouillé, utilisation du sucre et du café, etc.), ses recherches engagées dans les années 1990 et 2000 sur la stabilité de l’image et sa relation avec les processus de la mémoire ; jusqu’à ses derniers travaux (2009-2014), inscrits dans un processus constant d’apparition et disparition, dont une nouvelle création produite spécifiquement pour l’exposition.

     

     

     
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